CHAPITRE VII
sous quelque forme qu'elle se présentât : aussi la réflexion fort sensée d'Alain le fit-elle réfléchir.
— J'avoue, en effet, répondit-il après un moment de silence, qu'il règne dans tout ceci un certain air de mystère! Je me tiendrai sur mes gardes.
Lorsque, cinq minutes plus tard, le chevalier passa devant le carrosse du vicomte de Chamarande, il ne put s'empêcher d'y jeter un coup d*œil curieux. Les portières en étaient toujours hermétiquement fermées, et de Morvan fut forcé de continuer son chemin sans avoir rien appris.
Le village de Nort, où nos deux aventuriers devaient coucher et où ils arrivèrent vers les trois heures, comptait à cette époque trois mai sons : deux de ces maisons servaient d'auberge, la troisième était une boutique de maréchal ferrant.
Ce fut à l'enseigne de Y Enchanteur Merlin qu'ils s'arrêtèrent.
Pendant qu'Alain, après avoir dessellé les chevaux les promenait à petits pas, pour les conduire ensuite à l'abreuvoir, de Morvan, entré dans l'auberge, examinait les localités et jetait en passant un regard triste et interrogateur sur les fourneaux éteints de la cuisine.
L'intérieur du bel établissement de l'Enchanteur Merlin comptait trois pièces: la cuisine, placée au milieu; puis une chambre à coucher située de chaque côté.
Comme ces deux chambres étaient aussi mal meublées l'une que l'autre, ou, pour parler plus exactement, qu'elles ne l'étaient pas du tout, de Morvan jeta son manteau au hasard, en signe de possession, dans celle de gauche, puis fut se mettre en quête du dîner.
Après bien des pourparlers et des frais réels d'éloquence, il obtint un 'demi-poulet et un quart de livre de lard. Rassuré sur son repas, il se dirigea alors, selon son habitude quotidienne, vers l'écurie, pour s'assurer que son cheval ne manquait de rien.
Vers les cinq heures, le chevalier, en compagnie d'Alain, était installé dans sa chambre, devant une table vermoulue qui supportait leur piteux dîner, lorsqu'il vit le mystérieux carrosse s'arrêter devant l'auberge de Y Enchanteur Merlin.
Il s'empressa de quitter la table et de courir à la fenêtre. Cette fois, la fugitive ne pouvait plus échapper, pensait-il, à sa curiosité; son attente fut cependant à moitié déçue.
La cousine du vicomte de Chamarande des-