CHAPITRE PREMIER
embarquons ce soir, mon maître et moi, il ne nous arrive pas malheur !
A peine le bas Breton achevait-il de prononcer cette phrase, que le cierge simple, déjà consume, s'éteignit. Alain se releva alors et commanda au sacristain d'allumer deux cierges doubles, à trois sous pièce ; puis s'agenouillant de nouveau :
— Faites, mon bon Dieu, et vous aussi, ma bonne Notre-Dame dAuray, dit-il , qu'un événement imprévu empêche mon maître, M. le chevalier Louis de Morvan, de s'embarquer ce soir, comme il en a l'intention.
Alain regarda les cierges doubles, et voyant qu'ils brillaient toujours d'un vif éclat, il reprit :
— Faites, mon bon Dieu, et vous aussi, ma bonne Notre-Dame-d'Auray, que la tempête jette cette nuit plusieurs navires à la côte, et que je casse les reins à Legallec la première fois que je me battrai avec lui!
Enfin, lorsque, deux minutes plus tard, les cierges s'éteignirent, Alain se releva d'un air joyeux, paya le sacristain, et s'élança hors de l'église avec la même impétuosité qu'il y était entré.
Au détour d'une haie, et à peu près à mi-chemin du village à la maison de son maître, le bas Breton dut s'arrêter court pour ne pas se jeter
entre les jambes d'un cheval qui débouchait dans une direction opposée à celle qu'il suivait; toutefois, la force de son élan le fit heurter la u nitpe de l'animal, qui, surpris par ce choc imprévu, bondit brusquement de côté et manqua de renverser l'homme qui le montait.
Une double exclamation de colère partit en même temps de la bouche du cavalier et de celle d'Alain. Tous les deux croyaient avoir à se plaindre l'un de l'autre.
— Bête brute, dit le premier en ramenant à lui la bride de sa monture et en jetant un coup d'oeil de travers au bas Breton.
— Maladroit! grommela Alain en frottant son épaule froissée.
— Je crois, Dieu me pardonne, que tu te fâches, maraud! s'écria le cavalier en plongeant sa main droite dans une des fontes qui contenaient ses pistolets.
Alain, comme tous les bas Bretons, était doué d'un courage raisonné et logique, si je puis me servir de cette expression : avant de se lancer dans l'action, il tenait à avoir devant lui une chance raisonnable de succès. Cette chance lui rtônquait-elle, il se faisait insignifiant et petit , .1 attendait patiemment l'heure delà revanche, gùr; quand elle sonnerait, de retrouver dans