‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 94 sur 240 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

d'abord du découragement , mais cela a peu duré ; à présent, je suis tout à fait résigné à ma mauvaise fortune !

— Cette philosophie est d'un bon augure ; elle prouve que vous avez le cœur fortement trempé ! Tenez, mon gentilhomme, voulez-vous conclure un nouveau marché avec moi? Je ne sais, mais quelque chose me dit que je dois tirer un profit de vous...

— Voyons ce marché, Mathurin?

— Avant tout , car je ne voudrais pas passer pour un malhonnête homme à vos yeux, reprit le maquignon après un léger silence, établissons bien nos positions respectives : moi, je n'ai nullement besoin de vous ; vous, il n'est guère possible que vous vous passiez de moi; l'avantage reste donc de mon côté ! Si vous consentez à me souscrire une reconnaissance de cinq cents pistoles d'or, je vous remets à l'instant le dixième de cette somme, soit environ quarante louis?

De Morvan réfléchit un moment avant de répondre :

— Eh bien ! reprit Mathurin, que décidezvous? Remarquez encore, je vous prie, qu'il ne s'agit pas ici d'usure. L'usurier est un voleur prudent , qui n'avance ses fonds que contre de bonnes garanties et une certitude complète de

remboursement; moi, je suis un spéculateur hardi, qui risque mon argent sur un avenir tout à fait problématique. Au reste, j'ai remarqué queces affaires aventurées m'ont toujours mieux réussi que mes combinaisons les plus sages. Enfin, voyez, examinez, mais décidez-vous au plus vite. iMes moments sont comptés, et je n'ai pas de temps à perdre.

— Monsieur, répondit de Morvan, je vous remercie de la bonne opinion que vous voulez bien avoir de moi; mais je n'en profiterai pas. Emprunter de l'argent quand on ne sait pas de quelle façon on parviendra jamais à le rendre m'a toujours paru une action blâmable, presque déshonorante. Je suis assez résigné pour savoir porter fièrement ma misère, et trop bon gentilhomme pour vouloir exposer mon honneur. Je refuse !

— Vous avez bien réfléchi? Votre refus est tout à fait irrévocable?

— Tout à fait irrévocable, monsieur?

— Alors adieu, chevalier, et bonne chance.

— Adieu, M. Mathurin.

Le maquignon salua alors de Morvan , puis, éperonnant son cheval, il partit au petit galop ; mais à peine eut-il fait une centaine de pas qu'il s'arrêta, et, se retournant vers le jeune homme :

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