‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 96 sur 240 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Alors seulement il s'aperçut d'une chose à laquelle, dans son impatience de revoir Nativa, il n'avait pas encore songé et qui méritait bien cependant d'appeler toute son attention, c'est-àdire que ses vêtements usés et déchirés lui donnaient plutôt l'air d'un vagabond que d'un fils de bonne maison.

Impossible de se présenter recouvert de pareilles guenilles devant la fille du comte de Monterey : un habillement complet lui était indispensable.

Cette découverte donna naturellement à de Morvan l'idée de visiter sa bourse : elle contenait dix-sept livres.

— Qu'importe ! dit-il, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, si Nativa m'aime elle sera toute au plaisir de me savoir près d'elle et elle ne songera pas à examiner si je suis accoutré à la dernière mode du jour!

De Morvan, malgré sa prétendue indifférence à l'égard de ses vêtements, se sentait de fort mauvaise humeur et très-embarrassé : tel homme supporte galamment un coup d'épée qui tressaille et bondit de colère et de douleur sous la piqûre prolongée d'une pointe d'aiguille.

Le chevalier se mit, en essayant de se cacher à lui-même cette petite faiblesse, à se promener

d'un air indiffèrent devant une glace encadrée dans un des trumeaux de la chambre : cette nouvelle inspection de sa personne lui arracha un «jour de Dieu! » retentissant, accompagné d'un violent coup de talon de boite sur le parquet; il se trouvait affreux!

— Parbleu! s'écria-t-il après un moment de réflexion, je suis sauvé! Comment diable cette idée ne m'est-elle pas venue plus tôt?...

De Morvan se saisit de ses pistolets, déposés sur son lit, les examina avec attention et comme s'il les voyait pour la première fois, puis les plaçant enfin sous son bras et jetant son manteau sur ses épaules , il sortit de sa chambre et descendit l'escalier en courant.

Une fois dans la rue, le chevalier modéra sa vivacité, régla son pas sur l'allure des badauds, et se mit en marche le nez au vent et de l'air ennuyé d'un homme qui est depuis longtemps familiarisé avec la vue des merveilles de Paris.

Pendant près de dix minutes, de Morvan conserva la même allure ; ce ne fut que vers le milieu de la rue Saint-Honoré, un peu après avoir dépassé le Palais-Royal , qu'il s'arrêta devant la boutique d'un arquebusier : après une hésitation de très-courte durée, il gravit deux

Page 1