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Jonto et que Louis XIV accentuât avec une rare précision ses paroles, la marquise, feignant parfois d'avoir mal entendu, répétait avec plusieurs variantes et sous la forme interrogative, certains mots qui, sans doute, lui paraissaient impropres ; le roi réfléchissait un moment et presque (oujours il acceptait l'expression substituée à la sienne par madame de Maintenon.
Louis XIV venait d'entrer dans sa cinquanteseptième année; son front plissé et ses joues un peu tombantes accusaient bien son âge. Son regard seul avait conservé tout l'éclat de la jeunesse.
Ce qui de prime-abord frappait dans sa royale personne, c'était la dignité et la grandeur, si Ton peut s'exprimer ainsi, de ses mouvements : aucun monarque n'a jamais poussé aussi loin que Louis XIV le respect de soi-même et le culte de la forme. La liberté qu'il accoi'dait aux personnes de son intimité était encore réglée par l'étiquette. De toutes les maîtresses qu'il avait eues jusqu'à ce jour, la marquise de Maintenon était certes celle qui était entrée le plus avant dans sa confiance; Louis XIV éprouvait pour l'esprit et le jugement de la veuve de Scarron une déférence sincère et qui parfois même lui pesait.
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Reconnaissant en secret aux personnes de sa famille qui trailaient la marquise connue si son mariage avec elle eût été solennellenient déclaré, il leur tenait compte de leur condescendance ; seulement, une princesse du sang abusait-elle de la position équivoque, quoique si solidement établie, de madame de Maintenon pour l'accabler de son mépris, il abandonnait impitoyablement la pauvre femme avec la circonstance. Louis XIV plaçait avant toute chose l'orgueil de son sang; souvent aussi, irrité de la supériorité de la marquise, supériorité qu'elle dissimulait pourtant de son mieux, et indigné de son mariage avec elle, il aimait à lui faire sentir l'immense distance qui la séparait officiellement du trône.
— Sire, dit la marquise en voyant le roi hésiter à terminer une phrase dont il venait de lui dicter le commencement, la vente de mes écuries, qui a produit cinq cent mille livres, permet d'envoyer les vingt mille écus dont on a besoin pour mettre TAmirante dans nos intérêts. Votre Majesté n'ignore pas que l'Amirauté est peut-être l'homme d'Espagne le plus dévoué à la reine et à la maison d'Autriche. Le compromettre et l'attirer forcément à nous est chn e de la plus grande importance.
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— Vous avez toujours raison, madame ! mettez vingt mille ëcus!
Louis XIV après cette réponse se promena un instant en silence, puis se rapprochant insensiblement du fauteuil dans lequel était assise la marquise :
— Quelle est donc celte vente de vos écuries, dont vous venez de me parler, madame? lui dit-il assez sèchement.
— Sire, répondit la marquise avec une humilité et une douceur feintes, je suis aux regrets de vous avoir involontairement parlé de cela...
■ — Vous n'ignorez cependant pas, madame, combien je tiens à la confiance de ceux qui me sont cliers ou qui approchent de ma personne!
— Hélas! sire, si j'ai reculé devant cet aveu, c'est que j'ai craint d'assombrir Votre Majesté. Les coffres de l'État sont vides; le contrôleur général des finances ne peut disposer en ce moment d'aucune somme un peu importante.
— Ah! dit Louis XIV, qui reprit sa promenade à travers le cabinet; ah ! 31. de Pontchar- Irain en est réduit à cette extrémité! Hier, cependant, si ma mémoire ne me trompe, il accusait trois cents millions dans les caisses de l'État...
— Votre mémoire, sire, ne vous trompe ja-
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mais, et de Pontcharlrain vous présentait hier le eliiiïre exact de nos ressources. Seulement, de Pontcliartrain comptait comme rentré le premier semestre du nouvel impôt delà capitation, qui n'est pas encore touché.
Ces paroles, prononcées avec tristesse, amenèrent un nuage sur le front du roi, qui resta pendant près de cinq minutes silencieux et absorbé dans ses réflexions.
— Madame, reprit-il enfin, vous auriez dû, avant de vous résoudre à un pareil éclat, me demander au moins quel était mon bon plaisir. Je ne puis m'empêcher toutefois de reconnaître votre dévouement. Cet exemple venant den haut ne sera pas perdu...
— Sire, dit alors madame de Maintenon, désireuse, après avoir fait connaître au roi le triste état de ses finances, de ne pas le laisser s'appesantir sur cette révélation encore trop récente pour n'être point très-pénible ; sire. Votre Majesté qui n'oublie rien doit se souvenir qu'elle a promis au comte de Monterey de le recevoir aujourd'hui. Le comte attend depuis une heure.
— C'est bien, marquise! Bontemps a reçu Tordre de le faire parvenir ici — il est inutile que le comte soit introduit — sans passer par les appartements. Ma position vis-à-vis de l'Espagne ne
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me permet pas d'accorder à Monterey les prérogatives allacbées à son titre de grand de première dassectde chevalier couvert !... Jelui touclierai deux mots de cet empêchement, car Monterey est un homme d'une grande valeur d'esprit, et que Ton doit ménager ; il peut nous être par la suite d'une utilité considérable.
— C'est le type de TEspagnol, sire, ajouta madame de Maintenon : attaché aux maximes, aux coutumes, aux mœurs et à l'étiquette de sa nation jusqu'à la dernière minutie, il possède une force rare de caractère et déploie une persévérance sans pareille dans l'accomplissement de ses projets. J'ai cru pouvoir, afin de paraître mettre moins d'importance à ses communications, l'inviter à se faire accompagner de sa fille Nativa. la filleule de l'infortunée reine Marie- Louise...
— Vous avez sagement agi, madame. Hier, j'ai entendu le duc de Chartres parler avec enthousiasme de cette jeune personne. Je ne serais pas fâché de la voir.
Un quart d'heure après cette conversation, le comte de Monterey faisait avec Naliva son entrée dans le cabinet de madame de Maintenon.
Le senor Sandoval, que le lecteurn'a encore