CHAPITRE V
eu l'occasion que (rcntrevoir une seule lois, était revêtu d'un costume espagnol aux couleurs sombres. Tenant à constater son droit et à marcher de pair avec les ducs français, droit alors en litige et qui ne devait être reconnu que quelques années plus tard, il ne portait pas de manteau.
Quant à Nativa, se réglant sur Texemple de son père, elle avait conservé les vêtements des femmes de son pays : elle était d'une beauté adorable.
Le comte, en entrant dans le cabinet, s'inclina profondément devant le roi, puis il remit son chapeau. Se retournant alors vers madame de Maintenon , il la salua avec une courtoisie parfaite, et resta la tête découverte. Ce manège était une feinte aussi adroite que convenable de rappeler au roi qu'il était, lui Monterey, grand d'Espagne et caballero eubierto (ou chevalier couvert), et de montrer sa déférence à la marquise,
Louis XIV, si scrupuleux sur les questions de préséance, comprit mieux que personne cette hardiesse et cette galanterie de bon goût; il prit aussitôt une excellente opinion de l'Espagnol.
— Comte de 3Ionterey, lui dit-il, je suis heureux de recevoir dans mon intimité un homme
en qui ma chère nièce Marie-Louise avait mis toute sa confiance, et dont elle a eu toujours si fort à se louer. Croyez que je n'oublierai jamais que c'est par votre intermédiaiie que rae sont parvenues les dernières lettres de votre reine, si cruellement surveillée dans ses affections de famille par les ennemis de ma maison.
Le grand d'Espagne s'inclina de nouveau devant le roi, et prenant la parole d'un ton grave, presque solennel :
— Sire, dit-il, j'ai l'honneur, contrairement il tous les usages et malgré la guerre qui existe entre la France et l'Espagne, d'être envoyé auprès de Votre Majeslé, par mon maître le roi Charles II, en qualité d';uiibassadeur!
Celte déclaratiou inattendue causa à Louis XIV un véritable étonnement, mais il n'en laissa rien paraître.
— Mon bien-aimé cousin d'Espagne, répondit-il gracieusement, ne pouvait faire un choix qui me fût plus agréable. Seulement, M. le comte, un ambassadeur, en temps de guerre, lorsque des propositions de paix ne sont point en question, est une chose tellement contraire à toutes les traditions, qu'il ne m'est pas permis de Taccepter de prime-abord. Il ne m'est possible de voir en vous que le chargé d'une mis-