CHAPITRE IX
— Ce Français-là a beau dire, il ne me prouvera jamais que les jambes faites par le bon Dieu ne valent pas ses nmrceaux de bois failles ! Tout cela c'est des menteries bonnes à attraper des niais!... Allons ailleurs !
Ailleurs, c'est-à-dire à dix pas plus loin ce que le bas Breton entendit était eliose bien autrement extraordinaire que les discours de l'arracbeiir de dents et du mécanicien.
Un homme monté sur un tréteau bordé de musiciens, annonçait qu'il avait trouvé, après vingt années de reebcrches, certaines plantes rares douées de l'incroyable vertu de changer, en cinq minutes de temps, la figure d'un homme : il suffisait de se frotter le visage avec la liqueur merveilleuse extraite de ces plantes pour, d'affreusement laid que l'on était, devenir, sinon admirablement beau, du moins fort présentable. L'homme à l'eau de Beauté assurait que, grâce à son précieux secret, il avait déjà fait faire plus de dix mille mariages.
— Menteur! se dit Alain.
Et il se disposait à s'éloigner lorsque le charlatan ajouta :
— Je conçois, messieurs, que vous accueilliez par la plus complète incrédulité l'annonce de ma découverte sans pareille : il y a de ces choses
que l'on ne peut croire qu'à condition de les voir. Eh bien! je vais vous fournir un exemple irrécusable de la vérité du Aiit que j'avance. Je vais opérer devant vous! Que l'homme le plus laid de la compagnie se présente, et là sous vos yeux, en moins de cinq minutes, je vous le répète, je vais le changer en bien, de façon à le rendre méconnaissable... Voyons! J'attends! Quel est parmi vous le malheureux affligé du plus disgracieux, du plus ridicule, du plus sot, du plus affreux visage?... Qu'il vienne sans crainte ! Je suis \n.
Comme cela devait être, personne ne se présenta. Seulement Alain, dont la curiosité était alors vivement excitée, resta pour voir si l'expérience aurait lieu. Le charlatan paraissait si sûr de lui, il était si facile de le démentir, que le bas Breton doutait.
— Eh bien! quoi, personne ne dit mot, reprit l'homme à leau de Beauté après une légère pause. Je comprends ce silence, il signifie que chacun de vous se croit un Adonis... Erreur! messieurs, erreur! J'aperçois, au contraire, parmi vous beaucoup de déplaisants visages.
Chacun regarda son voisin, et le charlatan, après une nouvelle pause, reprit :
— Puisque personne n'ose, par amour-propre,