‹ Les boucaniers (volume 4)Chapitre 11 sur 190 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

— Entrevoyez-vous à présent le piège dans lequel on veut et on compte nous faire tomber? demanda le chevalier.

— Comment donc! mais parfaitement. Ce piège excuse à mes yeux le grand roi ! C'est ce coquin de Dubois et ce sacripant de d'Aubigné qui doivent être les seuls coupables ! Ils craignent sans doute que je ne parvienne à faire connaître à Louis XIV ma captivité ! Oui, ce doit être cela... Quant au piège qui nous est préparé, il se résumera probablement en une patrouille que l'on placera sur notre chemin... une dizaine de soldats à moitié endormis ; ce n'est pas la peine d'en parler, cinq minutes nous suffiront pour les mettre en déroute ! Deux lions armés de dents et de griffes ne peuvent craindre une troupe de roquets!...

II était six heures du soir ; l'atmosphère était lourde et chargée d'électricité , le ciel sombre et couvert d'épais nuages.

Legoff et de Morvan , assis devant une table sur laquelle se voyaient les restes d'un dîner, semblaient engagés dans une conversation' sérieuse.

— Ainsi , voilà qui est bien convenu , bien arrêlc, mon cher Louis^, dit le boucanier, à minuit nous effectuerons notre évasion !

— Oui, à minuit, baron, répondit le jeune homme. Nos armes sont prêtes, le geôlier nous a fourni un itinéraire exact, nous avons enlevé

les barreaux de notre fenêtre ; nous sommes prêts !

Legoff réfléchit un moment , puis reprenant la parole :

— Mon cher enfant, dit-il au chevalier, j'ai une foi inébranlable en mon étoile, et jç suis intimement convaincu que nous sortirons à notre honneur de cette entreprise. Cependant, comme je pourrais me tromper, comme les desseins de la Providence sont impénétrables et qu'il suffit parfois d'un grain de sable pour faire trébucher un géant et l'arrêter dans sa course, je veux, je dois vous apprendre qui je suis. Si la mort m'atteignait, et que, plus heureux que moi , vous réussissiez à vous sauver, il faut au moins que vous sachiez le nom de l'homme qui vous laissera l'héritier de son immense fortune ! . . . Comte Louis, reprit Legoff en se levant, embrassez en moi le frère de votre père, votre oncle, le chevalier Renulf de Morvan.

A cette révélation si inattendue , le jeune homme troublé, ému jusqu'au fond du cœur, ne sut que balbutier :

— Quoi! monsieur, vous êtes mon oncle Renulf, que je croyais mort?

— Oui, enfant ! je suis le frère de ton père... Embrasse-moi !

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