‹ Les boucaniers (volume 4)Chapitre 12 sur 190 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le boucanier, ému autant que l'était Louis de Morvan, prit le jeune homme dans ses bras et le serra avec force sur sa poitrine.

— Comme tu ressembles à ton père, Louis ! lui dil-il en le regardant avec une ineffable expression de tendresse. Pauvre frère, que j'ai tant aimé !

Deux grosses larmes roulèrent le long des joues basanées du boucanier.

— Allons, enfant, reprit-il bientôt froidement et comme s'il eût été honteux de sa faiblesse, à présent que tu sais qui je suis, tu dois avoir mille questions à m'adresser, des explications sans nombre à me demander. Assieds-toi à mes côtés et écoute-moi.

Le boucanier se recueillit un instant, et profitant de la stupéfaction de son neveu, il reprit la parole.

— Avant tout, Louis , lui dit-il, je dois te prier de garder soigneusement le secret que je viens de te confier. Pour le monde , pour toimême , je ne suis pas le chevalier Renulf de Morvan : je m'appelle de Montbars ! entendstu, de Montbars, le flibustier de Saint-Domingue!

— Ah ! mon oncle! s'écria de Morvan, revenu un peu de sa surprise , pourquoi m'avoir laissé

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ignorer jusqu'à ce jour qu'il y avait sur la terre quelqu'un qui m'aimait?

— Il le fallait, Louis ! Un homme ne devient fort qu'à la condition d'être le fils de ses œuvres ! Rien ne développe une nature d'élite comme l'isolement et l'abandon ! Tu devais te former toi-même, car, je te le répète, j'avais besoin, pour venger ton père, d'un cœur intrépide et d'un bras vaillant!... Si je t'avais retrouvé indigne de remplir cette mission sacrée, je ne me serais jamais fait reconnaître de toi!... Je me serais contenté de te donner de l'or pour assurer ton bien-être et ton indépendance, mais jamais ma main n'aurait serré ta main !...

— Et mon père est mort entre vos bras, mon oncle? dit de Morvan.

— Louis, je m'appelle de Montbars!... Oui, ton père est mort dans mes bras, mort assassiné par un monstre!... Écoute-moi. Lorsque éclata cette sédition de d675, qui a fait couler tant de sang en Bretagne et le priva de l'amour de Ion père, mon frère et moi dûmes nous exiler. Le comte de Morvan était compromis d'une telle façon, qu'il n'avait à espérer ni à attendre aucune grâce! Et puis ton père était, Louis, un de ces hommes justes, inflexibles et fiers, qui, vaincus par la force, mais sachant le bon droit

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