CHAPITRE PnEMIER
de TEspagnoIc à son matelot, et semblait prendre un véritable plaisir à eette scène.
Nativa, en entendant le chevalier lui offrir son nom , ne put réprimer un mouvement de joie.
— Chevalier, lui dit-elle, et sa voix émue était d'une douceur singulière, je n'attendais pas moins de votre générosité ! Merci de cette marque de considération et d'estime!... Vous venez de me relever à mes propres yeux !... Jusqu'au dernier jour de ma vie, je vous serai reconnaissante!
— Vous acceptez, Nativa? reprit de Morvan ivre de joie.
— Non, chevalier, je refuse! Oh! ne vous récriez point. Je suis intimement persuadée que vous tiendriez votre promesse ; que jamais une allusion, un mot de reproche capable de me rappeler mon erreur ne sortiraient de votre bouche. Je sens qu'avec vous le bonheur me serait facile... mais, hélas!...
— Nativa, vous vous taisez. De grâce, expliquez-vous.
— Hélas! chevalier, pardonnez-moi, je vous en conjure, ce que je vais dire; vous oubliez que je ne m'appartiens pas, que mon père a seul le droit de disposer de mon sort...
— Eh bien, Nativa, pourquoi votre père rcfuserail-il mon alliance? Je suis de grande naissance, jeune, courageux; l'avenir m'appartient. Soutenu par votre amour, je me sens capable de tout entreprendre !
— Comment, chevalier, dit lentement Nativa, pouvez - vous croire un seul instant que le comte de Monterey prendrait au sérieux la demande que lui fei'ait un boucanier de la main de sa fille ?
Cette réponse atterra le gentilhomme, reconnaissant combien Nativa avait raison : il resta confus, humilié, accablé sous la honte que lui causait la pensée de sa position présente.
Fleur-des-Bois qui, pendant la conversation de Nativa et de de Morvan, était restée silencieuse et comme anéantie, sortit, devant le désespoir du jeune homme, de sa torpeur.
— Mon chevalier Louis, dit-elle en s'élançant vers lui, ne te désole pas ainsi ! Comment ne m'aimes-tu pas mieux que cette femme! je vaux pourtant mille fois plus qu'elle! Crois-moi, renonce à devenir un grand seigneur ! Viens avec moi ! Nous ne nous quitterons plus. Nous vivrons ensemble dans nos belles forets! Nous chasserons tout le jour! Le soir je te cueillerai les fruits que tu aimes le mieux, j'ornerai ta