‹ Les boucaniers (volume 4)Chapitre 13 sur 190 · CHAPITRE n. ôl · texte numérisé non relu

CHAPITRE n. ôl

et la justice de leur côté, préfèrent livrer leur tête au bourreau, à l'incliner devant le pouvoir victorieux ! J'eus donc toutes les peines du monde à décider mon pauvre frère à fuir; et ce ne fut qu'en lui parlant des services qu'il pourrait rendre encore un jour à l'indépendance de sa chère Bretagne, que je parvins à l'entraîner... Un navire partait pour les colonies: nous y prîmes passage. Notre voyage touchait à son terme ; déjà nous apercevions les Antilles françaises, quand une frégate espagnole s'empara de nous. Ton père et moi, transportés à l'île de Cuba, fûmes vendus comme esclaves!

— Pauvre père ! s'écria Louis de Morvan.

— Alors commença pour nous une vie dont rien ne saurait te donner une idée. Toutefois, je me hâte d'ajouter que notre orgueil l'emportant sur notre détresse, nous sûmes conserver, mon frère et moi , dans notre abjecte position, notre dignité de gentilhomme. Notre détermination de n'accepter aucun outrage se lisait si bien dans notre regard, dans notre contenance, que le majordome dont nous dépendions n'osa jamais se livrer envers nous à sa sauvage brutalité, qui n'épargnait aucun de nos compagnons d'infortune.

«i Depuis une année que nous gémissions dans

cette dure captivité, nous combinions, mon frère et moi , un plan d't'vasion , et nous étions à la veille de réussir, lorsqu'un épouvantable événement arriva.

«i La femme de notre maître, la femme la plus adorablement belle et la plus infâme qui ait jamais existé , avait pour amant un des secrétaires de son mari. Surprise une nuit à un rendez-vous, elle réussit à faire échapper son complice , et pour s'excuser, elle accusa ton père de l'avoir attirée dans un guet-apens. Notre maître, c'était un grand seigneur espagnol, à l'orgueil indomptable et au cœur sans pitié, notre maître comprit parfaitement que sa femme mentait ; mais il affecta de la croire, car cela lui permettait de sauver son honneur.

<: Ton père, aussitôt arrêté, comparut devant notre maître. En vain il voulut se défendre, expliquer sa conduite, prouver son innocence : on se refusa à l'entendre, on le bâillonna.

<( Alors, je me jetai aux genoux de notre maître, entends-tu, Louis, à ses genoux? répéta de Montbars en pâlissant ; on me bâillonna aussi. Plus tard, je le raconterai, si tu le désires, celte aventure dans ses moindres détails; l'essentiel aujourd'hui, c'est que tu connaisses le crime que tu as à venger !

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