‹ Les boucaniers (volume 4)Chapitre 120 sur 190 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l'as frappé dans la poitrine... Réellement, chevalier, je ne te savais pas aussi adroit tireur... T'amuses-tu ?

— Pas trop! répondit de iMorvan tout en rechargeant à la hâte son arme.

— Comme les caractères sont différents! Voilà longtemps que je ne me suis autant diverti.

— Tu ne réfléchis donc pas, Laurent, à l'issue inévitable de cette lutte, à la mort certaine et probablement ignominieuse qui nous attend?

— A quoi bon s'occuper de l'avenir, lorsque le présent est agréable ? Quant à cette mort ignominieuse dont tu parles, matelot, ne crains rien. Nous nous battrons si bien sur la brèche, que les Espagnols seront ti'op heureux de nous tuer et qu'ils ne songeront pas à nous faire prisonniers... Un troisième artilleur qui s'avance... Il faut qu'il ait du cœur, celui-là... Aussi vaisje le traiter en homme qu'on estime... Vois, il est tombé comme frappé par la foudre... Je l'ai visé à la tempe...

La chute des trois artilleurs produisit une vive impression sur leurs camarades ; une certaine hésitation se manifesta parmi eux.

En ce moment , les soldats apostés dans les maisons voisines et dans le clocher de la cathédrale ouvrirent un feu si vif sur les deux aven- 4. 4

turiers, que Laurent et le chevalier, quelque bien retranchés qu'ils fussent, eurent le premier son chapeau, le second son pourpoint percé par plusieurs balles...

— Diable! dit Laurent, on croirait que ces damnés osent viser en tirant. Allons, matelot, hardi!... Que chacun de nos coups porte!...

C'était un singulier et saisissant spectacle, que de voir ces deux hommes tenant tête à une ville entière!... Quanta Fleur-des-Bois, retirée dans un des angles de l'appartement, elle cliargcait les pistolets de Laurent et du chevalier, pendant que ceux-ci se servaient de leurs carabines; de cette façon le feu était assez suivi.

Durantvingt minutes la fusillade continua de part et d'autre avec un acharnement remarquable.

Laurent, qui au commencement de l'action n'avait vu dans la lutte qu'un agréable passetemps, s'était peu à peu enivré à l'odeur de la poudre, à la vue des Espagnols tombant sous les balles de sa carabine ; les yeux illuminés de lueurs sinistres, les narines gonflées, les cheveux en désordre, il lui fallait à chaque instant se retenir jmur ne pas céder à la tentation qu'il éprouvait de descendre sur la place et de jouer du coulelas.

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