‹ Les boucaniers (volume 4)Chapitre 127 sur 190 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

vcllc direction : la foule frémissait, mais n'osant opposer un sacrilège à une profanation , elle restait immobile ; tous les spectateurs de cette scène étrange comprenaient qu'à la moindre opposition, le terrible capitaine Laurent accomplirait sa menace.

Ce fut alors un spectacle bizarre, inouï, merveilleux, que de voir une ville espagnole entière forcée de s'incliner et de s'agenouiller devant deux de ces flibustiers, ces ennemis si abhorrés que naguère elle tenait en sa puissance ! Le beau Laurent et le chevalier, la tête nue, le chapeau à la main, ne songeaient pas, au reste, à abuser de leur position : leur contenance était d'une humilité toute chrétienne ; rien en eux ne décelait la joie et l'orgueil du triomphe.

Le cocher, chargé de conduire les mules, jugeant, vu la gravité des circonstances, qu'il pouvait déroger à la majestueuse et solennelle lenteur commandée par l'usage, avait communiqué une allure tout à fait insolite à son attelage : un quart d'heure suffit donc à nos aventuriers pour atteindre le faubourg de Santa-Engracia.

— Matelot, s'écria de Morvan joyeux, j'aperçois nos embarcations qui reviennent à toutes rames... On se sera aperçu de ton absence...

Nos compagnons accourent à ton secours... Nous sommes sauvés!...

Comme aucun Grenadin n'avait osé suivre le carrosse, le chevalier et son matelot purent mettre pied à terre sans courir le moindre danger.

Au reste, presque au même instant les embarcations abordaient.

A la vue de leur chef descendant du carrosse du Saint-Sacrement, les flibustiers comprirent de suite la ruse qu'il avait employée pour écliap- ])er aux Espagnols, et ils éclatèrent en cris l'rénétiqucs et joyeux.

— Bien, mes amis, écliauffcz-vous, murmura Laurent, votre enthousiasme nesera pas perdu... Je saurai l'utiliser tout à l'heure...

Les flibustiers étaient des gens trop positifs pour ne [)as remarquer, le |)remier moment de la joie passe, que les vêtements pontificaux du prêtre et les ornements du carrosse contenaient une assez jolie quantité d'or. De celte remarque à une prise de j)ossession , il n'y avait qu'un pas.

Cinq à six d'entre eux, mus par la même idée, se précipitèrent vers ce nouveau butin (pie le hasard leur envoyait d'une façon si curieuse et si inespérée ; mais Laurent, son redou-

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