CHAPITRE II
table coutelas à la main, sejeta entre ces hommes et la proie qu'ils convoitaient, et, d'une voix impérieuse :
— Le premier qui touchera à ces objets sacres peut se considérer comme mort! dit-il.
Les flibustiers s'arrêtèrent dans leur clan.
— Mon père, reprit le beau Laurent en s'inclinant avec respect devant le prêtre, vous êtes libre, partez.
— C'est très-bien ce que tu viens de faire là, mon ami, dit Fleur-des-Bois au flibustier qui rougit de plaisir. Décidément, plus je te vois, plus je me repens de t'avoir jadis détesté, et plus j'essaye de t'aimer !...
— Et espères-tu réussir, Jeanne?
— Ça m'a l'air difficile... Pourquoi?... Je l'ignore. Toutes les fois que je veux penser à toi, c'est l'image de mon chevalier Louis qui se présente à mon esprit... N'est-ce pas que cela est bien extraordinaire?
Laurent ne répondit pas à cette question naïve, mais un nuage passa sur son visage, et son regard chercha de Morvan d'un air de menace.
La personne la plus heureuse, sans contredit, de la délivrance du chevalier et de son matelot, c'était Alain. Le brave bas Breton, en extase
devant son maître, s'arrachait de joie les cheveux.
— Que vous êtes donc bon, mon maître, disait-il, de me pardonner mon abandon! je sais bien et j'avoue que mon devoir était de vous suivre ; mais que voulez-vous ! Je suis entré dans une maison où il y avait tant d'or que j'en ai été ébloui. J'y suis resté plus d'une heure sans m'en douter : je croyais m'y trouver à peine depuis une minute.
— Comment, Alain, tu as participé au pillage de la ville?
— Moi, mon maître, j'ai vengé ces pauvres cliers Indiens que les Espagnols ont si cruellement traitésily a cinquante ans, et dont M. Montbars m'a raconté l'histoire... Infortunés Indiens!... Avons-nous travaillé, les amis et moi ! Nous n'avons pas laissé une once d'or dans celte maison. Car, après tout, les Indiens sont comme nous des créatures du bon Dieu... les îles leur a|)partiennent... Je parierais que nous avons rapporté au moins dix mille écus à la masse !...
De Morvan allait répondre à son serviteur, lorsque Laurent se présenta.
— 3Iatelol, lui dit-il, tout à l'heure il m'est venu une mauvaise pensée à ton égard! Je te dois un dédommagement : la vie de flibustier