‹ Les boucaniers (volume 4)Chapitre 129 sur 190 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ne te convient pas ; je veux, en un jour, assurer ta fortune afin que tu puisses retourner en Europe!... Écoute-moi!...

— Je te remercie de tes bonnes intentions, interrompit le chevalier, mais tu te trompes du tout au tout sur mes intentions! II est vrai qu'assister au pillage des villes est une chose qui me sourit médiocrement. Toutefois je saurai me soumettre aux exigences de la guerre. Quant à vivre à présent de la vie d'Européen, je n'y songe pas, cela ne me serait plus possible!...

— Et si Fleur-des-Bois devenait ma maîtresse ?

— Si Fleur-des-Bois devenait ta maîtresse ! répéta le jeune homme en pâlissant, eh bien... alors!... mais non, cela ne peut être... cela ne sera jamais!...

— C'est ce que nous verrons. A présent, parlons d'autre chose, dit froidement Laurent; j'ai un projet à te communiquer.

— Je t'écoute, matelot !

— Aujourd'hui, reprit Laurent, est la première fois de ma vie que j'aie reculé devant l'ennemi... car il ne faut pas nous le dissimuler, quelque glorieuse qu'ait été notre retraite, nous avons fui. Nous avons donc une revanche

à prendre!... Mon intention est de profiter de l'enthousiasme de nos hommes et de la stupeur dans laquelle se trouve plongée la garnison de Grenade pour attaquer cette ville de vive force et en ])lein jour ! Des ohjections, je n'en veux pas! Je te mets au courant de mon projet, non pour obtenir ton assentiment, mais seulement pour t'indiquer le rôle que je te destine!... Tu conçois que n'ayant pour ainsi dire pas assiste à l'expédition de cette nuit, et réellement nous avons manqué à notre devoir en passant notre temps à pérorer avec Naliva au lieu de rester à la tète de nos hommes, il nous faut à présent, au point de vue de notre conscience, et pour ne pas voler la part de butin qui nous reviendra, il nous faut payer de notre personne! Si je suis tué, j'arrive à ce qui te concerne, tu prendras le commandement en chef de l'expédition, et tu procéderas aussitôt que possible au rembarquement de nos forces ; car, moi tué, matelot, les quatre-vingt-dix hommes qui, sous mes ordres, valaient une armée, redeviendraient une simple I)oignée d'aventuriers. Acceptes-tu?

— Me battre en plein jour, en face du soleil, est la chose (jui peut m'être la plus agréable, répondit de Morvan. Je ferai de mon mieux; j'espère que tu seras content de moi.

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