‹ Les boucaniers (volume 4)Chapitre 131 sur 190 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

toiilefois que le beau Laurent les coimuandait, et ([ue le nom du célèbre et redouté capitaine valait à lui seul une armée.

Pendant que les chants du clergé espagnol éclataient graves, majestueux et sonores au milieu du silence de la foule, Fleur-dcs-Bois, agenouillée au pied d'un pilier placé dans l'ombre, ju'iait avec ferveur.

La pauvre Jeanne, à partir de l'instant où, n'ayant plus à craindre pour sa vie, elle s'était retrouvée face à face avec sa pensée et le souvenir des événements qui achevaient de se passer, éprouvait un désespoir, un découragement profonds.

Le fatal serment par lequel de iMorvan avait, dans une minute d'entraînement, lié irrévocablement sa destinée à celle de Nativa, retentissait sans cesse à ses oreilles et lui brisait le cœur. Jeanne avait un profond respect pour toute promesse, la religion du serment.

Cette barrière infranchissable élevée entre elle et son chevalier Louis éveillait dans son esprit des idées toutes nouvelles; elle éprouvait alors un sentiment semblable à celui que ressentent les gens qui, nés riches et habitués dès le berceau à l'opulence, se voient tout à coup et brusquement dépossédés de leurs biens; aux

premières atteintes de la misère, ils comprennent la fortune : Fleur-des-Bois , séparée de de Morvanpar un obstaele insurmontable, comprenait l'amour !

La tête enveloppée dans une mantille noire qui cachait ses traits, une femme espagnole, agenouillée près de Fleur-des-Bois, paraissait contempler avec un vif intérêt les moindres mouvements de la jeune fille.

— Jeanne, dit bientôt l'inconnue en se rapprochant d'elle, il ne faut point te laisser aller ainsi à la douleur! Du courage, mon amie!... Le chevalier de Morvan n^est pas digue de toi !

Au nom de de Morvan, Fleur-des-Bois tressaillit.

— Qui es-tu donc? dit-elle à la femme voilée. Comment as-tu pu deviner ce qui se passe dans mon cœur?

— Je suis, je te le répète, ton amie.

— Et tu connais mon chevalier Louis?

— Oui, Jeanne, je le connais.

— Tu l'aimes aussi, peut-être?

— Pauvre fille! dit la femme voilée avec un accent de pitié sincère, à la vivacité avec laquelle tu viens de m'adresser cette question, Je comprends combien est violente la passion qui te domine, combien sont cruelles les tortures que

Page 1