‹ Les boucaniers (volume 4)Chapitre 157 sur 190 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

quin m'obéira comme à toi. Demeure à ton poste. Adieu!

De Morvan s'éloignait déjà, lorsque Laurent, bondissant vers lui, l'arrêta :

— Je te devine, lui dit-il. Tu veux revoir Fieur-des-Bois et mourir à ses côtés. Je ne le souffrirai pas...

— Qui m'en empêchera?

— Moi, entends-tu? moi !

— Allons donc! dit de Morvan d'une voix sourde, une menace!...

— Un ordre ! s'écria Laurent.

Les deux compagnons d'armes, se toisant d'un regard sanglant, se reculèrent alors chacun d'un pas pour prendre dislance. Sans s'adresser une parole, ils s'étaient compris. Tous les deux étaient armés d'un coutelas d'abordage.

Quelles tristes pensées eût éveillées dans l'esprit d'un philosophe ou d'un indifférent la vue de ces deux hommes qui, menacés de mort par la mitraille ennemie, posés sur un volcan prêt à éclater, n'ayantaucune chance d'échapper à leur affreuse destinée, cherchaient, excités par l'amour,poussés par la jalousie, à s'arracher les quelques minutesd'existence qui leur restaient encore.

Les flibustiers qui combatlaient encore apportaient un tel acharnement à la lutte, étaient en

proie à une surexoii.ition si gi.indo, i\u"\h ne lemarqiièront pas ce qui se j)assait entre leur capitaine et <le iMorvan.

Les deux rivaux restèrent pendant l'espace de quatre à cinq secondes à s'observer d'un œil fixe et sombre. Cette immobilité menaçante prouvait combien cliacun deux estimait hx valeur et l'adresse de son adversaire.

Tout à coup, et par un mouvement simultané, ils s'élancèrent l'un contre l'autre avec une sauvage iuq)étuosité. Des étincelles jaillirent du cboc de leurs longs coutelas. Pas une parole n'avait été prononcée.

Quelque grande que lut la fureur des deux jeunes gens, ils possédaient l'un el l'autre trop de vrai courage j)()ur abandoniicr au hasard le soin de diriger leurs efforts : tous les deux avaient , s'il est permis de s'exprimer ainsi, réglé leur colère. Aussi ce premier cboc ne produisit aucun résullat. Cluuiue attaque rencontra une parade, chaque liposte, devinée à l'avance, fut évitée. Laurent déployait l'agilité de tigre dont il était doué j)our harceler de Morvan , tandis que ce dernier, mettant en usage toutes les ressources que lui offrait sa jjrol'onde conrtaissance de l'art de l'escrime . s'enveloj)pait d'un réseau de l'er et restait invulnérable.

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