‹ Les boucaniers (volume 4)Chapitre 158 sur 190 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

On eût dit un de ces fameux duels du temps de la chevalerie, deux paladins de Charlemagne se battant à outrance et sans merci.

Cette jtrcmière passe dura à peine une demiminute. Se trouvant corps à corps et trop près l'un de l'autre pour pouvoir se frapper mortellement avec leurs longs coutelas, Laurent et le chevalier, par suite d'un commun et tacite accord, se reculèrent de nouveau d'un pas; mais la lutte se rengagea aussitôt plus ardente que jamais.

D'abord, surpris par les rapides volte-face du flibustier, le chevalier devina et comprit bientôt sa manière de combattre; alors, se mettant sur la défensive, il attendit le moment opportun pour attaquer à son tour. Cette occasion ne tarda j>as à se présenter. Un coup droit, porté avec la rapidité d'une balle par de Morvan, entre deux feintes ])ar trop fougueuses et trop imprudentes du flibustier qui se découvrit , atteignit celui-ci en pleine poitrine : une côte empêcha le fer d'accomplir son œuvre de mort!

— Vous êtes blessé, s'écria de Morvan en se rejetant en arrière.

— Qu'importe, pourvu que je te tue ! et je te tuerai ! hurla l'indomptable Laurent.

Exaspéré par l'opiniâtreté de son adversaire,

exalté par l'aniour de la lulte, de Morvan se résolut à être implacable; mais à peine avait-il eu le temps de se remettre en i:;ardc, qu'il recula en chancelant et fut s'appuyer contre les bastingages : une balle espagnole l'avait frappé à la cuisse!

La première pensée de Laurent , et cette pensée se traduisit énergiquemcnt par la férocité de son regard , fut de profiter de l'avantage que lui présentait le hasard pour réaliser sa menace. Au reste, cette coupable tentation dura peu.

Jetant loin de lui son coutelas, il se précipita vers son ancien matelot, et lui serrant la main avec énergie :

— Chevalier, lui dit-il, jamais personne avant toi ne m'avait fait douter de moi-même! Le seul moyen que j'aie de me relever de ma défaite est de l'avouer hautement. Matelot , va-l'en trouver Fleur-des-Bois ! Tu as raison, un capitaine ne doit jamais abandonner son banc de quart ! Tes adieux terminés, une minute suffit pour murmurer à l'oreille d'une femme qu'on l'aime, tu ordoimeras h Requin d'exécuter sa mission de mort... de mettre le feu aux poudres. Adieu !

A peine Laurent achevait-il de prononcer ces

Page 1