CHAPITRE V
teusenient altadié ti st>n beaupré... il serait en mon [)Oiivoir.
Le nombre des flibustiers encore en état de porter les armes et de manœuvrer s'élevait alors à seize sur la frégate.
— Amis, dit Laurent, il s'agit à présent de payer d'audace. Le galion vice-amiral se rapproche de nous à vue d'oeil. Soutenir un nouveau combat contre quinze cents hommes d'équipage et soixante canons , il n'y faut pas songer. La dignité de notre contenance, la fermeté de notre maintien peuvent seules nous aider à sortir d'embarras. Laissons arriver sur le viee-amiral qui, par bonheur, se trouve toujours sous le vent à nous, et présentons-lui hardiment la bataille... Témoin de la catastrophe du gidiou amiral, il n'osera pas l'accepter.
La prédiction de Laurent se réalisa de point en point; son audacieuse manœuvre obtint tout le succès qu'il en attendait. L'Espagnol prit la fuite ^'...
— Flcur-dcs-Bois, dit Laurent avec un atten-
< L'amiral espagnol , mis en jugement pour n'avoir pas oser aborder Laurent, fut, quelque leiups après, condamné à mort et eut la tête tranchée. Louis XIV, instruit du magnifique fait d'armes du flibustier, lui envoya des lettres de naturalisation. Laurent, on le savait, n'était pas Français, mais on ignorait son origine.
drissement qu'il ne pouvait malgré ses efforts parvenir à o.icher , lu os bien toujours le bon génie protecteur de la flibuste... Céleste enfant, ec n'est pas seulement ma frégate, mais encore mon âme que tu as sauvée!... L'intervention miraculeuse de la Providence a été si manifeste en celte occasion , qu'il ne m'est pas possible, malgré l'orgueil de mon esprit, de mettre en doute Texistence d'un pouvoir suprême.
Laurent, humilié |)ar cet aveu que lui arracliait, malgré lui, la fon-e de la vérité, se tut brusquement , et , enveloppant Fleur des-Bois d'iui regard passionné :
— N'importe, murmura-t-il,jc ne faiblirai pas. Elle sera ma maîtresse ! Matelot, reprit-il après un moment de silène*;, nos épreuves ne sont pas fim'es. Il nous reste à présent à lutterc. outre les furciu's de la nature. Voici la leuipéte qui éclate, et la frégate, criblée de mitraille, déchirée par les boulets espagnols , fait eau de toutes j)arts.
En effet, un éj^ouvantable coup de tonnerre éclata presque aussitôt, et le vent, se déchaînant avec une force inouïe, courba la frégate sur la lame et manqua de la faire sombrer.
Laurent, malgré le sang qu'il avait perdu par ses deux blessin-es, prit son porte-voiv et se mit ;i connuander la manœuvre avec sa vigueur et sa netteté accoutumées.
Le reste de la journée et la nuit qui suivirent le combat livré au vaisseau amiral esj)ai;nol offrirent de bien tristes heures aux flibustiers.
La tempête, loin de se calmer, augmentait à chaque moment d'intensité et de violence.
L'intérieur de la frégate présentait un horrible spectacle. Les plaintes des blessés qui, torturés par une douloureuse agonie, invoquaient lu mort avec des cris de désespoir et de souffrance, se mêlaient aux hurlements du vent, au craquement de la carène, et formaient un sinistre et lugubre concert.
156 LES BOnCANIEIlS.
Les seize hommes valides échappés au combat, trop peu nombreux pour se relityer, tombaient de l'iiligue et n'accomplissaient qu'imparfaitement leur double tâche : manœuvrer la frégate et faire jouer les i)oinpes; de miiuil(! en minutcla mcr,s'engoufrrant à travers les avaries causées par les boulets espagnols, envahissait de plus en plus la cale, et alourdissait la marche de la frégate.
Laurent comprit qu'à moins d'un mirach; improbable cette voie d'eau devait tôt ou tard triompher de ses efforts.
Le lendemain, à peine le jour parut-il à l'horizon qu'une énorme masse de nuages d'une couleur ardoisée, frangée de pourpre et paraissant solide comme une chaîne de montagnes, s'interposa entre la lumière et les flibustiers, et leur rendit les ténèbres de la nuit.
Vers les dix heures du matin, la frégate, prise en travers par la lame , fut engagée '. Un seul cri, simultanément poussé j)ar l'équipage et les blessés, retentit lugubre et déchirant. Tout le monde se crut perdu.
Au milieu de celle épouvantable position, la
' Un iiiivirc csl engagé quand il perd son équilibre cJ reste couché sur le flanc sans pouvoir se relever.