‹ Les boucaniers (volume 4)Chapitre 164 sur 190 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ainsi , par la rapidité de sa marche, les efforls de la tempête.

Un seul danger reste imminent : il est à craindre que l'on ne puisse parvenir à conserver le navire vent arrière, et qu'il ne passe par-dessus la barre. Laurent ordonne de filer un câble à l'eau sur l'arrière : cet heureux expédient réussit à merveille; la frégate est momentanément sauvée.

Cette évolution, qui avait pris deux fois moins de temps à être exécutée qu'il n'en a fallu pour la décrire, était à peine terminée que Laurent se dirigea vers l'endroit du tillac où se tenait de Morvan.

Lorsqu'il arriva près du jeune homme, Fleurdes-Bois reprenait connaissance.

— Où suis-je? Que s'est-il passé? demandal-elle d'un air égaré. Oh ! je me rappelle !... Une lame monstrueuse... la frégate abattue... Les Ilots m'emportaient. . . je me suis sentie mourir. . . C'est toi, mon chevalier Louis, qui m'as retenue. . . Tu as eu tort... Si tu savais comme la mort est une douce chose !

De Morvan courba la tète et n'osa pas répondre.

— Matelot, lui dit Laurent d'une voix tranquille et assurée, je me sens à peine capable de

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résister encore deux minutes à la faiblesse que j'éprouve... J'ai perdu trop de sang... je n'en puis plus... Il faut que tu me remplaces dans le commandement... Voici mes instructions.

Laurent» expliqua alors brièvement, clairement, ce qu'il y avait à faire ; puis, s'affaissant sur lui-même :

— Je me trouve mal, dit-il ; jette ton manteau sur moi... et ne me secours pas... Il faut que l'équipage me croie endormi!...

De Morvan prit prétexte de l'évanouissement du flibustier, qui laissait peser une si grande responsabilité sur lui, pour engager Fleur-des- Bois à regagner sa cabine : la présence de la charmante enfant le troublait, il avait hâte d'être seul pour mettre un peu d'ordre dans ses idées.

Fleur-dcs-Bois se rendit à sa prière avec une docilité, un empressement qui le surprirent.

— Au revoir, mon chevalier Louis, lui ditelle d'une voix douce, presque timide, et sans oser lever les yeux : si le danger augmentait, tu viendrais m'avertir, n'est-ce pas? La pensée de périr isolée m'effraye , tandis que la mort me surprenant à tes cotés... Enfin, je compte sur loi, mon chevalier! Au revoir, encore... Je tombe de sommeil... je suis brisée... un peu de repos me fera grand bien !

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La rougeur et l'einbarras de Jeanne en prononçant CCS mots eontrastaient avec la franehise habituelle de sa parole; la pauvre enfant avait bien raison de prétendre qu'elle ne savait pas mentir. Ainsi que de Morvan, elle éprouvait l'impérieux désir de se retrouver seule en présence de ses pensées, de s'expliquer l'étonnante émotion qu'elle avait ressentie en eroyant mourir. Reposer, dormir! elle ne l'eut pu, elle n'y songeait pas... Jamais des sensations plus vives, plus tumultueuses n'avaient agité son cœur. Son innocence excitée par la passion se débattait contre un impénétrable mystère; de singulières lueui s, qui l'épouvantaient et la charmaient tout à la fois, éclairaient confusément les ténèbres de son ignorance... Après le départ de Fleurdes-Bois, de Morvan se mit à se promener d'un pas inégal et saccadé le long du lillae.

— Quelle singulière position que la mienne ! murmurait-il sans voir les lames qui déferlaient sur le pont, sans s'inquiéter du sillage de la frégate. Sentir l'amour le plus ardent me brûler la poitrine, me savoir aimé, et être obligé de supporter la présence et les efforts odieux, sacrilèges d'un rival ! Et quel rival ' Un homme qui ne connaît aucun obstacle, que rien n'arrête dans ses projets! Fatal serment qui me lie!...

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Comment ne me suis-je pas aperçu plus tôt de la fausse voie dans laquelle je m'engageais? J'aurais dû comprendre que Nativa représentait seulement pour moi les rêves de ma solitude, et non pas un amour véritable! J'aurais dû ne pas me livrer à elle, pieds et poings liés, ainsi que je l'ai fait ! Mais, après tout, ce serment que je me reproche si amèrement est-il un lien suffisant pour m"arrcler au milieu de ma jeunesse? Faut-il donc sacrifier mon avenir, le bonheur de ma vie entière à une minute d'égarement, de folie? Qui m'empêche de rendre à Nativa sa liberté, de rentrer dans mon indépendance? L'honneur! Les de Morvan n'ont jamais manqué à leur parole ! Tous ont loyalement suivi la maxime de la noblesse : « Fais ce que dois, advienne que pourra! » Je suis un de iMorvan, je saurai souflrir!... Et puis, reprit le jeune homme en souriant tristenient, mon sacrifice sera moins long et moins doidoureux, sans doute , (jue mon imagination ne me le montre !... Que l'homme est parfois insensé !... Je songe à l'avenir lorsque dtjà la mort m'enveloppe de toutes parts !... Grâce à Dieu, il n'est pas prcsumabic que nous échappions à cette tempête!... N'importe, je dois faire mon devoir...

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