CHAPITRE IX
les mugissements que l'on avoir d'abord entendus dans le lointain se rapprociiaicnt avec une l'abuleuse rapidité ; bientôt il devint impossible de s'entendre à bord du brigantin.
La personne la plus impressionnée du bord par cette scène vraiment saisissante, était certes Alain. Le bas Breton , agenouillé dévotement dans un coin du pont , priait sainte Anne d'Auray.
— Ma bonne cbèrc dame, disait-il , n'allez l)as croire, au moins, je vous en conjure, que je sois pour quelque chose dans toutes ces diableries ! S'il m'était permis de m'en aller, soyez persuadée que depuis longtemps je serais à terre ! Qu'un miracle me préserve de ce nouveau danger, et je vous promets d'ajouter aux chandeliers que je vous dois déjà, un nouveau présent... Ah ! ma bonne sainte Anne! voici que le brigantin court se jeter en plein sur ces deux gros rochers. Nous sommes perdus !
Le fait est que le moment où le navire glissa entre les deux rocliers présenta une de ces minutes solennelles qui marquent et laissent une trace plus profonde souvent dans la vie d'un homme, que tout un passé.
Un silence de mort régnait à bord du brigantin : Montbars seul souriait.
La manœuvre réussit à merveille.
A peine le léger navire eut-il franchi ce redoutable obstacle, qu'il se trouva eu face d'une espèce de grotte ou d'ouverture fort élevée, creusée dans les rochers soit par le travail incessant des vagues, soit par suite d'une éruption volcanique.
La nier s'engouffrait avec une fureur inouïe dans cette cavité profonde , d'où sortaient des exhalaisons sulfureuses tellement épaisses que de Morvan, déjà affaibli par la maladie, se sentit défaillir.
— Voilà l'entrée de l'enfer ! s'écria Alain. Ah! ma bonne sainte Aime, ayez pitié de votre infortuné serviteur 5 arrachez-moi des griffes du diable!
Le spectacle qu'offrait alors le brigantin, encadré, s'il est permis de s'exprimer ainsi, dans cette nature fantastique et d'une sublime horreur, était tel qu'il faut renoncer à le décrire.
Emporté par les lames mugissantes, il bondit d'abord sur lui-même, et disparut bientôt dans d'épaisses ténèbres. Tout à coup une douce clarté éclaira le pont, et le brigantin resta immobile ; il venait d'entrer dans une espèce de lac profond et souterrain ; la lumière provenait de fortes crevasses existant au plafond de la grolle.
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— Que penses-tu de cet endroit-ci , cher Louis? dit Monlbars ; je doute que l'imagination puisse jamais arriver à créer ce que la nature étale en ce moment à nos yeux !
Où sommes-nous, Montbars? demanda de Morvan ; n'abuse pas de ma crédulité, car ma disposition d'esprit est telle que j'accepterai aveuglement tes explications.
— Nous nous trouvons, mon ami, dans un parage sinon déjà exploré, au moins fort connu : dans ce que l'on appelle le Gouffre.
« Ce gouffre, dont les abords sont défendus par des courants l'apides , cause une telle terreur, non-seulement aux Espagnols, mais encore aux flibustiers irréguliers , c'est-à-dire à ceux qui ne sont pas afiiliés à notre association, que les navires n'osent en approcher à plus de dix lieues. Chaque fois qu'un tremblement de terre doit éclater, il sort de ce gouffre un gémissemont profond qui porte l'effroi jusque dans la ville de Port au-Prince.
« Ce gouffre est situé sur la côte du sud, à quelques lieues de la rivière Naïba, qui est l'une des plus considérables de l'île. Le pays environnant appartient aux Espagnols; mais il n'est pas habité. Il présente une végétation admirable et nous offie de précieuses ressources
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pour nos relâches : nous nous y approvisionnons d'eau, de bois; nous y chassons le sanglier, les taureaux sauvages.
II A présent que la curiosité est à moitié satisfaite , débarquons ! Je t'apprendrai tout à riieure, lorsque nous n'aurons plus à craindre des oreilles indiscrètes , et le motif qui m'amène ici, et les mystères que renferme le gouffre! !•
Des matelots armés de torches descendirent aloi's dans un canot et conduisirent Montbars, de Morvan et Fleur des-Bois sur la rive qui bordait le lac souterrain.
— Jeanne, dit Montbars en montrant à la jeune fdle une excavation naturelle formée dans le rocher, voici la chambre du chevalier. Ordonne qu'on y transporte du brigantin tout ce dont il pourra avoir besoin. Nous revenons de suite.
Montbars souleva son neveu dans ses bras et l'emporta à travers les ténèbres, d'un pas ferme et assuré, en bonune sùrdu chemin qu'il suivait.
— Assieds toi sur cette mousse , lui dit-il après une minute de marche, et tout en ailunjant une (orche qu'il fixa contre les parois du rocher de façon que sa lumière éclairât les environs et l'eni péchât d'être surpris. Mon cher