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CHAPITRE IX

Louis, je t'ai déjà appris l'existence (îe la mystérieuse association dont je suis le chef et dans laquelle tu as refusé d'entrer; notre arrivée dans le gouffre se rattache à cette association. N'oublie point toutefois que tu t'es engagé visà-vis de moi, par un serment solennel, à ne jamais révéler aucune des particularités que je vais te confier... Oh ! je n'ai pas besoin de nouvelles protestations... je te connais...

« Ce gouffre, qui épouvante si fort les habitants de l'île de Saint-Domingue, est une de nos plus grandes ressources. Nous l'avons surnommé l'Asile. Il nous sert non-seulement à échapper souvent , lorsque toute résistance nous est impossible, aux croiseurs espagnols, mais il nous permet encore de mettre nos épargnes à l'abri de tout danger. L'Asile contient des richesses immenses : à peu près tous les fonds de notre association.

•( Pour surcroît de précaution (ceci n'est pas même connu de mes associés), j'ai placé près de l'endroit où repose notre trésor environ dix mille livres de poudre. Tu vois que si, par un hasard tout à fait improbable, les Espagnols nous découvraient et osaient nous poursuivre, ils ne retireraient de leur audace qu'une mort terrible!

<( Des boucaniers isolés veillent sans cesse, dans le pays voisin , sur l'entrée de lAsile. Un navire ennemi se dirigeant dans ces parages nie serait signalé à l'instant.

« Ma présence ici aujourd'hui signifie que nous «vous une assemblée extraordinaire, ainsi que le veulent nos statuts, et dans laquelle doit s'agiter la question d'une expédition importante que je propose.

« Tous les matelots du brigantin sont des flibustiers initiés qui m'accompagnent. Plusieurs de mes associés se trouvent déjà dans l'Asile! Cela t'étonnc?... Apprends que le gouffre traverse l'île dans toute sa longueur et va aboutir à la mer du Nord !... Nous-mêmes nous ne connaissons pas tous ses embranchements, toutes ses cachettes !

« II ne me reste plus rien à ajouter, si ce n'est que, selon toute probabilité, ton matelot Laurent ne reculera devant aucun moyen pour me dépopulariser, et me rendre suspect aux yeux de nos frères !

« Il se peut que l'ambition et l'orgueil de cet homme amènent une catastrophe; aussi ai-je fait, Louis, mon testament. Ne m'interromps pas, je te prie; tu me désobligerais en revenant sur ce sujet. Au revoir, enfant; je te quitte

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