‹ Les boucaniers (volume 4)Chapitre 180 sur 190 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

arrivé où nous devons cesser d'être d'obscurs aventuriers, des instruments de la politique des rois!... Jusqu'à pi'ésent, nous avons patiemment grandi à Tombre; il nous faut enfin révéler au jour notre puissance. Le rôle d'écumeurs de mer ne convient ni à noire dignité, ni à notre courage... On nous traite dédaigneusement de ramassis d'aventuriers; montrons que nous sommes un peuple, une nation !...

« Grâce à mes efforts, secondés par votre intrépidité, nous disposons d'énormes ressources; avec de l'or et du fer, quel obstacle pourrait arrêter notre élan? Aucun!.,.

« Frèrede la Côte! j'arrive de France; j'ai traité avec Louis XIV, le grand roi. Je l'ai secouru dans sa détresse; j'ai acheté l'autorité morale que nous donnera son alliance ; je l'ai contraint à servir nos intérêts.

" D'ici à peu de temps il doit tenter, de concert avec nous, une expédition considérable: s'emparer de Carlhagcne!

« J'ai stipulé que nos forces seraient commandées par l'un des nôtres ; que nos chefs marcheraient de pair avec les ofliciers de la marine royale ; je me suis réservé des pleins pouvoirs!

« Frères de la Côte, mon intention n'est pas

196 LES BOUCANIEKS.

de vous faire renier votre patrie, de vous priver de la gloire de son passé! Nous resterons tributaires de la France ; mais je veux que notre soumission, toute volontaire, toute patriotique, nous laisse une complète indépendance, n'engage en rien notre liberté !

« Une fois maîtres de Carlliagène, c'est-à-dire possesseurs de la côte de l'Amérique méridionale, la Jamaïque , resserrée entre l'île de Saint- Domingue et notre nouvelle conquête, tombe nécessairement en notre pouvoir.

« La Jamaïque, ne l'oubliez pas, est la clef des Antilles ! Alors, frères, il n'y aura plus de puissance bumaine capable de nous anéantir, de s'opposer efficacement à nos progrès, de nous arrêter dans nos conquêtes !

« Avant dix ans les Amériques espagnoles nous appartiendront; dans un siècle j)cut-être, nos héritiers transplanteront la civilisation d'Europe sous les tropiques! Mes regards sont éblouis lorsque je songe aux probobililés de l'avenir, aux splendeurs qu'il nous réserve!...

« Un dernier mot, Frères de la Côte : grâce à des études suivies, profondes, grâce peut-être au hasard, j'ai changé la tactique navale actuellement en vigueur : j'ai découvert, s'il m'est permis d'employer ce mot, une nouvelle marine. Je

Page 1