‹ Les boucaniers (volume 4)Chapitre 182 sur 190 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

vie? Pour nous procurer les jouissances du luxe, les délicesde l'orgie !... Que m'importent, à moi, les mystères de l'avenir ! Qu'ai-je besoin de devenir le fondateur d'une puissance future tout à fait problématique? Ce que je veux, c'est une existence courte et bonne... Parbleu! Montbars, je t'admire... Quoi ! parce que tu es ambitieux, que tu rêves la gloire, tu nous proposes de nous sacrifier à tes projets personnels !

i( Tu oses nous dire, avec toute l'impudence de ton orgueil ; « Amis, devenez les instruments « passifs de ma renommée, je consens à me <i servir de vous pour transmettre mon nom à « la postérité. » Vraiment , c'est par trop d'effronterie! Et que nous offres-tu en retour des sacrifices que tu nous demandes? Tu nous offres de changer notre précieuse indépendance contre une honteuse servitude! de devenir tes sujets!... Tu nous méprises donc bien?... »

Laurent fil alors une légère pause ; puis changeant de ton, et d'une voix solennelle :

— Montbars, reprit-il, non-seulement je repousse de toute la fierté de mon indépendance l'avilissant esclavage que tu nous proposes, mais je vais plus loin : je t'accuse hautement, à la face de tous, d'avoir indignement abusé de notre confiance , sacrifié nos intérêts à tes vues per-

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sonnelles!... Va, tu as beau vouloir te draper dans ta grandeur, ton hypocrisie ne m'impose pas ! Je vais arracher le masque dont tu essayes de te couvrir!

« Montbars, voici quel est ton but : banni de France pour avoir conspiré contre Fautorité royale, tu veux, en nous livrant pieds et poings liés à la cour, rentrer dans la possession de tes biens contisqués...

« Ce que tu as fait dans ton voyage en France, je le sais aussi : tu as gaspillé le plus pur de notre or, donné dix millions à Louis XIV! Au fait, que l'importait! L"or que tu prodiguais ainsi ne t'appartenait pas, et en nous ruinant tu rentrais dans la possession de ta fortune ! C'était une bonne affaire pour toi!... Frères de la Côte, vous avez entendu mon accusation ; rien n'empêche de Montbars de se justifier. Je le mets au défi de prouver son innocence!... )>

L'attaque de Laurent, calculée avec une rare adresse, produisit sur les initiés une impression indescriptible. Le flibustier, en faisant appel à leurs instincts grossiers et dissolus, à leur cupidité, à leur esprit d'indépendance et d'insubordination, avait touché juste.

De Montbars , quelques minutes auparavant

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