‹ Les boucaniers (volume 4)Chapitre 183 sur 190 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

si populnire, leur paraissait alors un traître et un ennemi.

— Frères delà Côte Is'écria-t-il sans perdre de temps, car il comprenait la gravité de sa position; Frères de la Côte , je suis loin de cacher que j'ai rerais dix millions au roi de France. Ce prêt n"est pas seulement une gloire pour nous, mais il constitue encore une excellente opération. La prise de Cartliagène nous rendra au quintuple cette avance!...

— L'expédition de Carthagène n'aura pas lieu ! interrompit Laurent avec violence. Moi aussi , quoique je ne gaspille pas des sommes énormes à payer une prétendue police, je possède des intelligences à la cour de Versailles. Eh bien, il y a à peine un mois, j'ai reçu l'assurance formelle que monseigneur de Pontchartrain s'était catégoriquement prononcé contre celte entreprise. Frères de la Côte, réjouissons-nous : nous perdons dix millions , mais notre bienairaé chef va rentrer dans ses dignités et dans ses biens. Vive Montbars!

A cette exclamation ironique, des hurlements menaçants, des cris de mort retentirent semblables à un ouragan. Un triste et dédaigneux sourire qui entrouvrit les lèvres de Montbars, montra que l'ingratitude et l'injustice des ini-

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liés à son égard, quelque iD)prévues qu'elles fussent, ne le surprenaient pas. Il connaissait les hommes.

La tête haute et les hras croisés, il attendait que l'orage soulevé contre lui par la haineuse perfidie de Laurent fût calmé, lorsque le mot : « Silence! » prononcé avec une rare autorité, retentit au-dessus du tumulte. Les flihustiers, s'attendant soil à une nouvelle accusation portée contre leur chef, soit à un nouvel épisode , se turent.

Alors un homme qui, pendant tout le temps qu'avait duré la délibération des initiés s'était tenu caché dans une des sombres anfractuosités de la grotte, s'avança lentement au milieu de la foule.

A l'apparition du nouveau venu, un vif mouvement de curiosité mêlée d'étonnement et de respect se manifesta chez les flibustiers.

— Le gouverneur du roi dans l'île de Saint- Domingue, Ducasse ! murmura Laurent.

Quoique l'autorité royale ne pesât pas d'une façon précisément directe sur les flibustiers, ils subissaient toutefois fortement son influence! Le pouvoir de Louis XIV, au xvn^ siècle, était considéré comme un pouvoir divin. Et puis les aventuriers de Saint-Domingue n'ignoraient pas

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