‹ Les boucaniers (volume 4)Chapitre 186 sur 190 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

sent pas par être victimes de ma fatale influence?... Seul invulnérable et maudit, je passe à travers les catastrophes et le danger, sans que la mort m'effleure même de son aile! L'heure du repos ne doit-elle donc jamais sonner pour moi ? Quel crime ai-je commis pour mériter une pareille destinée? Je l'ignore! Si mon passé est taché de sang, du moins ce sang a-t-il toujours été loyalement et bravement versé!... Terrible dans la mêlée, lorsque je combats pour la gloire de la France, la victoire m'a toujours vu généreux et clément... Oui, mon passé est celui d'un soldat, reprit Montbars après un moment de réflexion, mais mes pensées ne sont pas celles d'un chrétien. Ce n'est pas l'instinct de la conservation, la nécessité de me défendre contre une injuste agression qui arment ma main. C'est l'esprit de vengeance! Loi'sque je vois un Espagnol tomber mourant à mes pieds, j'éprouve une joie féroce, je jouis de ses souffrances. Les cris de mon infortuné frère aa:onisant sous le fouet des esclaves de Montercy retentissent toujours à mes oreilles et me rendent implacable... Je sais bien, mon Dieu, que je devrais repousser ces souvenirs loin de moi, vous faire le sacrifice de ma haine... Je ne le puis. Non, je ne le puis !

De Montbnrs contempla encore pendant quelques secondes le pauvre blessé agité par un pénible sommeil, puis il s'éloigna en ajoutant à mi-voix :

— Jai tort de m'accuser. La mort de Louis est, au contraire, un avertissement que le ciel m'envoie, un châtiment qu'il m'inflige pour me reprocher et me punir d'avoir tarde si longtemps à atteindre le coupable...

La distance qui séparait la rivière de Naïbc du cap (c'était vers cette ville que le chef des flibustiers se dirigeait) était de plus de cent cinquante lieues. De Montbars, grâce à l'audacieuse habileté qu'il déploya et aux vents favorables qui le secondèrent, mit à peine trois jours à accomplir ce voyage.

Toutefois, ce court espace de temps suflit pour empirer d'une façon extrêmement grave et visible l'état du chevalier : il fallut prendre les plus grandes précautions pour le descendre à terre.

Au cap, de Montbars possédait une habitation qui faisait l'admiration et l'envie des plus riches colons de Saint-Domingue; ce fut là (ju'il fît transporter en litière de IMorvan,

A peine eut-il installé son neveu dans sa propre chambre, que de Montbars lit appeler les

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