CHAPITRE ni
que je te parle avec une franchise brutale. Je t'aime trop pour songer à le tromper. Réfléchis avant de l'engager, avant de me répondre. Une fois ton acceptation ou ton refus formulé, il ne serait plus temps de revenir sur ta parole.
— Je vous remercie sincèrement, Montbars, de la confiance que vous venez de me montrer, répondit le jeune homme d'une voix grave, je n'ai nullement besoin de me recueillir; ma détermination est déjà prise; elle est irrévocable. Le plus saint amour que Dieu ait mis dans le cœur de l'homme après l'affection qu'il doit à son père, c'est l'amour de la liberté!
« Mon père est mort ; la liberté seule me reste : je refuse le pacte que vous me proposez!... A votre tour, Montbars, continua de Morvan en voyant le chef des boucaniers se disposer à parler, à votre tour, je vous en prie, écoutez-moi sans m'interrompre!... Ma franchise égaiera la vôtre!... Je crois à votre amitié et je vous paye de retour; je ne vous cacherai cependant pas qu'il y a en vous certains côtés qui me repoussent et arrêtent ma tendresse au milieu de son élan! Frère de mon père, vous avez renié votre nom et exigé que je vous appelasse Montbars. Je vous ai obéi; mais à partir de ce moment, l'oncle a disparu à mes yeux et je n'ai plus vu S. 7
que l'ami, le compagnon d'armes du comte de Morvan.
<( Aujourd'hui je ne veux qu'une chose : me créer un avenir par mon courage et en conservant mon indépendance ! Vos conseils, je les recevrai toujours avec reconnaissance ; votre appui, je le refuse! Le jour où vous viendrez me dire : •: Morvan, là se cache l'assassin de ton père, voici de quelle façon tu dois te venger, » ce jour-là seulement vous me trouverez entièrement soumis à vos ordres, je deviendrai votre esclave. En dehors de cette circonstance solennelle, j'entends conserver une entière liberté d'action ! )>
Ce langage franc et hardi du jeune homme, loin de déplaire au boucanier, parut lui causer au contraire un sensible plaisir.
— Bon sang ne peut mentir, dit-il en regardant de Morvan avec des yeux attendris ; il me semble, mon cher Louis, que je viens d'entendre parler mon pauvre frère. Eh bien! soit; agis à ta guise... Au fait, lu as peut-être raison de refuser mon aide. La fortune, au point de vue d'un homme de cœur, n'a quelque chose de noble et de grand, qu'autant qu'elle est acquise par le travail ou par le courage. Comte de Morvan, ton père ne t'a laissé pour tout héritage