CHAPITRE m
que l'honneur de son nom; eh bien, sois fils de tes œuvres ! C'est là le seul moyen d'honorer sa mémoire.
Le lendemain du soir où avait eu lieu celte conversation, de 3Iontbars, le chevalier et Alain se trouvaient de nouveau en mer sur le même navire qui les avait amenés de France. Ils faisaient route vers Léogane. C'était dans cette ville, la plus florissante alors de l'île, que se tenait le gouverneur français.
— Mon cher Louis, dit le boucanier eu passant amicalement son bras autour de celui de son neveu, je crois utile, avant que nous nous séparions et que tu t'envoles de tes propres ailes, de te donner les renseignements qui te manquent encore sur la nouvelle existence qui va commencer pour toi.
« Puisque c'est chose bien décidée que lu refuses d'entrer dans notre association, il faut au moins que tu connaisses les flibustiers parmi lesquels tu vas prendre place.
<i Comme hommes, ceux dont tu seras bientôt le compagnon ont une haute idée de leur indépendance. Hors du service, chacun deux ne suit que ses caprices, sans s'embarrasser de l'approbation dautrui.
« Ils portent même cette espèce de licence à
bord de leurs navires, dans les expéditions. Ctiacun ne s'occupe que de soi, sans songer à son voisin. Un flibustier a-t-il envie de chanter tandis que son compagnon est plongé dans un profond sommeil, peu lui importe; le dormeur est réveillé : tout est dit, il n'a pas le droit de se plaindre.
«t Toutes les contrariétés dont l'effet est de fortifier la patience, d'exercer la force, d'habituer aux privations, doivent être supportées sans murmures. Cette résignation est une partie essentielle de leurs principes.
« Les flibustiers sont liés entre eux par une fidélité inébranlable : celui qui la viole, — ce qui est un cas fort rare, — en privant ses camarades d'une portion de leurs profits, doit s'attendre au châtiment le plus sévère, il est déclaré déchu de son nom et de sa propriété comme flibustier, et déposé sans vivres et sans vêtements dans une île déserte. Pour prévenir toute jalousie et tout sujet de discorde, aucune femme ne doit être tolérée à bord des bâtiments. L'infraction à cette règle est punie, ainsi que la désertion d'un poste pendant le combat, de la peine de mort.
«' Le chef momentané qui commande le navire n'a pas en cette occasion le droit de grâce.