CHAPITRE IV
qui, couvrant de ses mains son visage empourpré, s'éloigna confuse et écrasée sous le poids de sa honte.
— Quant à vous, monsieur, continua Laurent en s'adressant à de Morvan, qui m'assure, si je vous laisse partir, que je vous retrouverai demain?...
— Moi ! s'écria d'une voix vibrante et sonore Montbars, qui, appuyé contre la porte du Gouvernement, assistait depuis un moment, immobile et silencieux, à cette scène.
L'intervention du célèbre boucanier fit tressaillir Laurent.
— Tu connais cet homme et tu réponds de lui ?
— Je connais cet homme comme fort capable de châtier ton insolence, et je réponds de lui comme de moi-même! Tiens, Laurent, continua le boucanier après une légère pause, je donnerais dix ans de ma vie pour pouvoir prendre sa place et me mesurer avec toi.
— C'est possible, répondit froidement Laurent, mais notre association s'oppose malheureusement à ton désir. Après cela, qui sait ? peutêtre viendra un moment...
— Assez! tais-toi! s'écria Montbars. Un seul mot pourtant encore: ton jour, ton heure et le lieu du rendez-vous ?
— Après demain, six heures du matin, au pied du mont du Piton, à rentrée du Bois- Roger.
— C'est bien, nous y serons. Au revoir, Laurent! Plaise à Dieu, que tu as si souvent offense, que tu reçoives enfin le châtiment de tes impiétés sans nombre !
— Je sais, répondit Laurent en ricanant, (jue ma mort te plairait assez ; mais j'ai bien peur pour toi que ton souhait charitable tarde encore longtemps à s'accomplir!... Je me suis'déjà battu trente fois en duel, et trente fois j'ai laissé derrière moi un cadavre...
Laurent se disposait alors à s'éloigner, lorsque se ravisant :
— A propos, repril-il, quel est donc celui qui m'a donné tout à l'heure un si furieux couj) sur la tète?
— C'est moi ! dit modestement Alain. Dame! que voulez-vous ! j'ai frappe peut-être un peu dur, mais la faute en est à vous seul!... Il ne fallait pas tenter d'assassiner mon maître, M. le chevalier de Morvan!... Vous vous êtes conduit comme un païen, et en païen je vous ai traité!.. .
— Tu m'as empêché de commettre une vilaine action, je t'en remercie et voici ta récompense,