‹ Les boucaniers (volume 4)Chapitre 45 sur 190 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

le boucanier déclara qu'elle était parfaite, qu'il ne lui restait plus rien à apprendre.

Une demi-heure plus tard, Montbars, son nc\ eu et Alain , installés devant une table abondamment chargée de mets , allaient commencer à dîner, lorsqu'une voix fraîche et pure sortit de l'épaisseur du bois et arriva jusqu'à eux, rendue plus douce encore par la distance.

De 3Iorvan tressaillit, et Alain bondit sur Tescabcau qui lui servait de chaise.

Celle voix chantait un noël breton.

II est impossible à celui qui n'a jamais quitté sa patrie de se faire une idée, même approximative, de l'attendrissement que cause au voyageur tout souvenir venant de la terre natale. II y a dans ce sentiment quelque chose de la mélancolie qui s'emparerait d'un amant à la vue d'un objet qui aurait appartenu à une maîtresse adorée, enlevée par la mort à la fleur de l'âge : une douleur profonde, mais pleine de charmes.

Telle fut la sensation qu'éprouva de Morvan, lorsqu'il entendit sortir du bois cette chanson bretonne,

Barbe-Grise, ordinairement si calme et si indifférent, au moins en apparence, se mit à sourire.

— Voici Jeanne qni revient! dit-il joyeusement.

Presque au même instant, une apparition aussi bizarre que cliarnianleso montra sur le seuil de la porte ouverte de l'habitation du boucanier.

C'était une jeune fille, âgée d'environ dixsept ans, revêtue d'une robe courte, aux couleurs ^ ives et tranchées, la tète abritée sous un large chapeau de paille, les pieds emprisonnés dans de fines bottines lacées à partir de la cheville ; elle portait dans sa main gauche un gros bouquet de fleurs ; dans sa droite, une légère et courte carabine, richement damasquinée et de fabrication évidemment espagnole.

Une ceinture de crêpe de Chine d'un rouge éclatant ceignait sa taille et retenait une poire à poudre.

Rien n'était plus délicieusement original et délicat que son visage; ses grands yeux noirs contrastaient de la plus heureuse façon avec une abondante chevelure blonde aux reflets dorés ; sa bouche, dessinée avec une rare perfection, présentait une mobilité qui s'alliait admirablement avec l'expression un peu inquiète de son regard. Son teint, légèrement bruni par les caresses du soleil, était d'un ton chaud et égal qui le faisait paraître éblouissant.

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