‹ Les boucaniers (volume 4)Chapitre 67 sur 190 · CHAPITRE VIF · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIF

vas tuer Laurent?.,. Tu vois bien qu'il est sans armes!...

A ces mots, prononcés de cette voix vibrante et perlée qui rendaient si charmantes les moindres paroles de Fleur-dcs-Bois, de Morvan crut se réveiller d'un rêve affreux.

— J'étais fou ! Qu'allais-je faire?... Ah ! merci, ma bonne Jeanne! s'écria-t-il avec un élan parti du cœur.

Détournant alors son arme dirigée contre la poitrine de son adversaire, de Morvan tira en l'air.

Cette scène s'était passée avec une rapidité extrême.

— Mille tonnerres ! s'écria Laurent dont le visage, jusqu'à ce moment impassible, se couvrit aussitôt d'une vive rougeur, mille tonnerres, chevalier Louis, je n'accepte pas cette injure!... Rechargez votre mousquet et tirez sur moi... ou sinon, par toutes les furies de l'enfer, je me brûle la cervelle !

Laurent, en parlant ainsi, ramassa le pistolet qu'il avait déposé par terre pour marquer les distances, et l'armant avec vivacité, il appliqua la gueule du canon sur son front.

Il était impossible, à la contenance de Laurent, de mettre un seul instant en doute quil accomplirait sa menace.

— Monsieur, lui dit de Morvan . notre rencontre a été la suite d'une injure que je vous ai adressée; je vous ai appelé « lâche et assassin. » Eh bien ! devant Monlbars et Barbe-Grise, ici présents , je vous oflre mes très-humbles excuses ; je retire les mots qui vous ont offensé, je vous en demande pardon!... Que pouvez-vous exiger davantage ?. . .

A cette réponse faite d'un ton sérieux, presque solennel , Laurent jeta son pistolet loin de lui, et, s'élançant d'un bond vers de Morvan, il le prit dans ses bras, et, le serrant contre sa poitrine :

— Chevalier, lui dit-il, depuis dix ans pas un noble sentiment n'avait fait battre mon cœur; je vous dois cette larme que vous voyez trembler dans mes cils; je reconnais que parmi les hommes il en est de dignes détre aimés ! Jusqu'à présent j'ai refusé d'avoir un ami, un associé, voulez-vous être mon matelot?

Les natures loyales et généreuses possèdent généralement le don de ressentir et de partager les pures émotions qu'elles font naître chez autrui.

De Morvan n'eut donc pas même la peine de regarder le beau Laurent pour être pcr^uadé que son offre parlait d'un bon mouvement, et

Page 1