‹ Les boucaniers (volume 4)Chapitre 68 sur 190 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

qu'il ne s'y rattachnit aucune mauvaise arrièrepensée.

Seulement, le jeune homme considérait, avec raison, un pareil engagement, une telle association, comme une chose si grave, qu'il réfléchit et hésita avant de répondre.

— Mon cher Louis, lui dit Montbars, ce n'est pas une raison parce que Laurent m'est antipathique pour que je ne rende pas une justice entière à ses qualités. Si , d'un côté, je le crois affligé d'un cœur insensible, d'instincts détestables, d'un orgueil sans bornes, de passions fougueuses ; de l'autre, je reconnais que pas homme au monde n'est ])lus esclave de sa parole, plus magnifique , plus intrépide que lui. Dès qu'il t'offre de devenir son matelot, tu n'as plus rien à redouter de ses défauts et tuas tout à attendre de sa valeur et de son expérience. Je te conseille donc d'accepter.

— Monsieur, s'écria de Morvan en s'adressant à Laurent, soyez persuadé, je vous en conjure, que les considérations développées par Montbars n'entrent pour rien dans ma détermination. Il est incontestable que je suis venu à Saint- Domingue pour essayer d'y faire fortune, que j'éprouve un vif, un ardent désir de me créer une indépendance ; pourtant, je vous le répète,

ce n'est nullement l'appui que je suis certain de trouver en vous qui me fait accepter voire offre ; je me sens attiré vers vous parce que vous avez, je le crois, beaucoup souffert, et que vous souffrez encore. Voici ma main !

— Merci, mon matelot, dit Laurent qui serra avec une affectueuse émotion la main du jeune homme dans les siennes; entre nous deux maintenant il ne peut plus y avoir ni querelle, ni orgueil, ni méfiance. Une seule chose nous reste personnelle : notre passé; je le prierai de ne jamais m'interroger à ce sujet; sache seulement, car tu arrives probablement, imbu de tous les préjugés d'Europe , que ma naissance est au moins égale en noblesse à Ion origine, quelque illustre qu'elle puisse être...

Les deux nouveaux amis et leurs témoins allaient reprendre le chemin de l'habitation, lorsqu'ils virent sortir Alain du bois. Le bas Breton, qui avait l'air radieux , portait en bandoulière le fusil de boucanier qu'il avait récemment acheté avec les cinq quadruples de Laurent.

— D'où viens-lu? lui demanda le ctievalier.

— D'un taillis où je me tenais caché, maître!

— Et pourquoi cela étais-tu caché?

Celle question parut embarrasser Alain, qui

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