CHAPITRE Vin
Fleur-des-Bois, escortée d'une partie de la meute de son père, l'accompagna jusqu'à l'entrée de la ville de Leogane. A peine, pendant ce long trajet, les deux jeunes gens échangèrentils quelques mots. Jeanne, l'air recueilli et préoccupé, paraissait absorbée par de graves pensées ; quant à de Morvan, il avait beau vouloir se persuader que sa séparation d'avec la fille de Barbe-Grise lui était chose à peu près indifférente, il ne pouvait parvenir à s'aveugler sur l'état de son cœur : il était forcé de s'avouer qu'il éprouvait pour la charmante créature une alTection véritiiblemeut fralernelle et profonde.
— Chevalier Louis, lui dit Flcur-des-Bois avant de le quitter, n'oublie point que si tu étais tué, il ne nie serait plus possible de vivre jamais heureuse ! Ne sois donc pas imprudent dans la bataille, et si lu m'aimes réellement, comme je le crois, souviens-toi, eu te défendant, que tu me défends moi-même! Au revoir!
Jeanne tendit alors sa main au jeune homme, puis lui adressant un doux sourire, elle s'éloigna sans ajouter une parole.
De Morvan s'attendait à des adieux plus touchants; il fut presque froissé du courage que venait de montrer Jeanne.
Longtemps il suivit d'un regard attendri la
charmante enfant, espérant qu'elle se retournerait, mais il fut déçu dans son attente. Quatre jours plus tard, do Morvan abordait, en compagnie de Laurent et d'Alain, dans lîle de la Tortue, où le célèbre aventurier devait com|)Oser son équipage. Le lendemain de son arrivée dans ces fameux parages de la flibuste, le beau Laurent parcourait le quartier de la Basse-Terre, lorsqu'il fut accosté par un homme revêtu d'un costume de matelot.
— M. Laurent, lui dit l'inconnu en le saluant légèrement, j'ai à m'acquiUer auprès de vous d'une commission importante et secrète; veuillez me dire où vous désirez que je vous suive, de façon que nous puissions causer sans témoins.
Le beau Laurent ne s'étonnait jamais de rien; aussi ne prêta-t-il (ju'une légère attention au mystère dont s'enveloppait son interlocuteur.
— Allons au bord do la mer, lui répondit-il; sui- une plage unie, on voit venir de loin le monde et l'on n'a pas à craindre les curieux. A présent qui es-tu? et que me veux-tu? reprit peu après Laurent.
— Capitaine, répondit le malolot, |)our arriver jus(|u'à vous, il m'a fallu jouer dix fois ma vie. Puis-Jc vous demander votre |)arole que vous ne me trahirez pas?