‹ Les boucaniers (volume 4)Chapitre 75 sur 190 · CHAPITRE Vm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vm

— Capitaine, s'écria Pied-Léger, je vous jure sur le salut de mon âme que ma mission n'a rien de politique cette fois !... Mais...

— Mais quoi ! aurais-tu une nouvelle lettre à remettre ? Parbleu ! cela serait charmant! Ne mens pas ! L'Espagnole t'a charge d'une seconde missive...

— Oui , capitaine ! répondit l'espion après avoir hésité.

— Voilà qui est d'un comique achevé, s'écria Laurent avec un rire sardonique. Et pour qui est-elle, cette seconde lettre !...

— Mais, capitaine, je ne sais si...

— Prends garde, Pied-Léger; je n'ai pas pour habitude de réitérer un ordre ou de répéter une question; voyons cette lettre!

L'espion connaissait assez Laurent pour savoir qu'avec lui l'obéissance passive était le seul moyen à employer : il lui remit la seconde lettre.

— Est-il possible ! s'écria le flibustier: que vois-je ! « Au chevalier Louis de Morvan.n Ah! Nativa, Nativa, mes dédains ont, à ce qu'il paraît, porté leurs fruits; ton cœur vivement froissé t'a conduit tout droit à l'oubli de tes devoirs et à la honte! Voilà vraiment un beau triomphe pour moi et dont je suis fier.

Le beau Laurent tenant entre ses mains la lettre adressée au chevalier , resta plusieurs minutes plongé dans de sérieuses réflexions : cette fois était peut-être la première de sa vie quil hésitait sur un parti à prendre.

— Pauvre jeune homme, pensait-il, comment pourra-t-il jamais, armé seulement de sa loyauté et de son amour, résister aux dangereuses séductions de Nativa ! Il me semble que, l'heure du réveil sonnée, je le vois déjà brisé, anéanti et perdu de douleur, blasphémant Dieu, haïssant ses semblables, ne croyant plus à rien, et rêvant le suicide ou la vengeance!... tel (|ue j'étais moi-même, il y a quinze ans!... Je devrais peut-être anéantir cette lettre ! Bah ! à quoi bon? Nativa trouverait bien vite un autre moyen pour ressaisir sa victime!... C'est un esprit inventif et hardi , que cette Nativa ! J'éprouve parfois 'des jnoments de doute à son égard. Je me demande si je n'ai j)as rencontré en elle ce cœur sublime d'amour et de dévouement (jue rêva jadis ma jeunesse!... Allons donc! Il faut être fou pour croire à de semblables invraisemblances! Est-ce que la femme est capable de ressentir un sentiment vrai, profond, sincère?... Mille fois non! Les femmes ont de l'imagination, pas autre chose j

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