‹ Les boucaniers (volume 4)Chapitre 79 sur 190 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

— Une dernière question! Comment comptestu t'y prendre pour accomplir ton projet? Inutile de songer à te procurer une embarcation à Saint-Domingue : la peine de mort existe dans nos lois contre ceux qui abordent, autrement qu'en ennemis, sur les côtes espagnoles ! Quant à rhomme (jui m'a remis cette lettre, si tu comptais sur son concours, lu aurais tort : je l'ai vu s'embarquer dans un canot et s'éloigner à toutes rames!...

— Je ne me dissimule pas, Laurent, répondit de Morvan avec une fermeté pleine de tristesse, les difficultés presque insurmontables que présente l'exécution de mon dessein. Je ne compte que sur mon amour pour venir à bout de surmonter tous les obstacles, mais mon amour est si grand, que je suis certain de réussir.

— Je ne partage pas ton opinion. Tu prends tes désirs pour la réalité! Au reste, l'avenir se chargera de décider qui de nous deux a tort ou raison! En attendant, veux-tu m'accompagner au cabaret de V Ancre dérapée?

— Je suis à tes ordres, Laurent.

— Bien : le temps presse, partons!

Le cabaret de V Ancre f^t'rnpee jouissait d'une grande réputation dans toutes les mers des Antilles ; cet établissement ne se recommandait

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guère cependant par son luxe, et les ressources qu'il offrait à ses habitués étaient des plus restreintes : elles consistaient en eau-de-vie, vins et conserves.

Ce qui avait valu à ce cabaret sa prodigieuse célébrité, c'est qu'il servait, pour ainsi dire, de bourse et de maison de jeu aux boucaniers. C'était là que les juifs, attirés par Tappàl du gain, venaient acheter les parts de prise; là que les aventuriers jouaient et perdaient en une soirée des sommes qui eussent suffi à assurer rindépendance et le bien-être de leur avenir; là que se concertaient les expéditions ; là où les capitaines aimés de la foule se procuraient leurs meilleurs matelots.

Le cabaret de VAncre dérapée, bâti avec des palmiers entiers, recouverts d'une mince couche de mortier, se composait d'une immense salle carrée qui pouvait contenir plus de deux cents personnes.

L'arrivée de Laurent fit sensation, car Laurent, connu pour ses habitudes luxueuses et aristocrati(iues, ne mettait que rarement les pieds dans ce cabaret : son apparition à l'Ancre dérapée était toujours l'indice d'une entreprise nouvelle. Laurent, par une exception toute ])ersonnelle5 était accepté des flibustiers connue

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