CHAPITRE III
loris beaux havres, dont le fond est de bonne tenue. Ces havres, où les vaisseaux sont en sùrolé contre les tempêtes, peuvent abriter des flottes entières : ils se nomment Jaquin, la baie de Saint-George, la baie aux Haraents et le port Coiigon. Près de ce port est une île de trois à quatre lieues de long sur huit de circuit, qui se nomme l'Ile-à-Vaches. Du côté opposé, c'est-àdire en suivant le septentrion, on arrive à la grande anse. Cet endroit est un des plus délicieux qu'il soit possible d'imaginer : arrosé et fertilisé par trois rivières, il présente la plus belle végétation de l'ile. Nos possessions les plus riches et les plus remarquables sont : le Port- Paix, le Cap et Leogane. Enfin, une immense prairie ou savane sépare presque dans toute sa largeur la partie française de la partie espagnole de Saint-Domingue. Cette savane sert encore chaque jour d"arène à de sanglantes rencontres, dans lesquelles neuf fois sur dix nous restons les vainqueurs.
Montbars allait continuer ses explications, lorsque le navire jeta l'ancre dans le port de l'île de la Tortue.
— Allons d'abord à terre, mou cher Louis, dit-il ; il me tarde de me retrouver parmi mes compagnons d'armes! Nous reprendrons ce soir
cette conversation. Au reste, il faut que j'aie un long et sérieux entretien avec toi; je dois à ton honneur une grave confidence !
Le débarquement de Monlbars à la Basse- Terre, bourg situé au pied du fort qui défendait l'entrée de la rade, fut un véritable triomphe ; pourtant les boucaniers , habitués aux événements les plus imprévus et aux rencontres les plus extraordinaires, n'étaient pas gens à s'émouvoir de peu ; il fallait, pour qu'ils accueillissent leur illustre chef avec un tel enthousiasme, que celui-ci possédât une merveilleuse popularité.
Montbars, malgré l'empire inouï qu'il savait exercer sur lui-même, montra, devant ces témoignages si spontanés d'attachement, une certaine émotion. Quant à de Morvan, il regardait, avec une attention qui absorbait toutes ses facultés, la foule si bizarre et si pittoresque des aventuriers; les uns, habillés avec un luxe dont l'exagération atteignait jusqu'au ridicule, portaient des costumes brodés d'or sur toutes les coutures, des chapeaux empanachés, des colliers de pierres précieuses; les autres, à peine vêtus de misérables haillons, présentaient l'image de la plus affreuse misère : à peine quelques exceptions se remarquaient-elles entre ces deux extrêmes.
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En effet, les boucaniers avaient pour règle invariable de conduite de tout accorder au présent et de compter pour rien l'avenir. Exposes à clia(juc instant à une morl [)réinaturée et violente, ils se hâtaient de dissiper leurs richesses, afin, si une balle espagnole les jetait niorlellenicnt atteints sur le champ de bataille, de n'avoir pas à se reprocher, à leurs derniers moments, de laisser après eux une passion inassouvie, une jouissance qu'il aurait été en leur pouvoir de goûter. Menacés de vivre peu, ils tenaient à vivre vite.
Au reste que riches ou pauvres fussent leurs costumes, ce qui de prime abord se remarquait dans les boucaniers, c'était la contenance assurée de leur pose, l'expression d'intrépidité naturelle et de froide détermination que reflétaient leurs visages mâles et bronzés.
A une centaine de pas du fort s'élevait une charmante habitation, la propriété de Montbars; ce fut là qu'il se rendit.
— Mon cher Louis , dit-il une heure après son arrivée et lorsqu'il eut renvoyé les visites sans nombre qui lui venaient de toutes parts, puisque M. le gouverneur est absent et qu'il m'est permis de disposer de cette soirée, retirons-nous, si tu le veux bien, dans ce que j'ap-
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pelle mon salon d'intimité : j'ai besoin, je te le répète, d'avoir une longue et sérieuse conversation avec toi !
Le salon du boucanier, situé sur le derrière de l'habitation et donnant sur un délicieux jardin, présentait un retira à rendre jaloux un roi: cette pièce réunissait tout ce que l'imagination la plus délicate et la plus exigeante pouvait rêver : de Morvan, quoiqu'il ne comprît pas toute la valeur des objets qu'il avait sous les yeux, fut ébloui.
— Vraiment , Montbars , s'écria-t-il , vous m'auriez raconté ce que je vois en ce moment, que, malgré ma confiance en vous, je n'aurais pu m'empcchcr de vous accuser tacitement d'exagération ou de mensonge! C'est à douter de ses sens!...
— Oui, ma cabine n'est pas trop mal arrangée, répondit le boucanier avec une parfaite indifférence ; il y a là pour plus d'un million de tableaux et d'objets d'art!... Bah! il faut bien, pour ne pas donner une trop mauvaise opinion de nous aux visiteurs européens, faire certaines concessions à leurs goûts!... Mets-toi dans ce hamac, allume une pipe, et écoute-moi. Mon cher Louis, continua Montbars après s'ctie recueilli un instant, je dois te déclarer que je suis
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extrêmcincnl satisfait de la conduite depuis notre départ de France! Tu as, pendant tout le temps de la traversée, montré un zèle et un désir pour l'instruire, auxquels j'ai été (ort sensible, et qui ont pleinement confirmé l'excellente ()i)inion que je m'étais déjà faite de toi! Aujourd'hui, je te déclare cela avec ma franchise habituelle et comme un homme qui ne se laisse aveugler par aucun sentiment affectueux, aujourd'hui tu es un excellent marin, aussi capable de commander un navire que le premier de nos boucaniers. Il ne te manque plus que de subir le baptême du canon; je me hâte d'ajouter que je crois pouvoir répondre de ton courage à l'égal du mien.
— Je vous remercie, Montbars, dit le jeune homme, que ces paroles, d'un si grand poids dans la bouche d'un flibustier, firent rougir de plaisir. Je ferai de mon mieux pour justifier votre bonne opinion de ma personne.
— Ne m'interromps pas : j'arrive à la grave confidence que je t'ai promise. Avant tout, tu t'engages, n'est-ce pas, Louis, à ne jamais trahir le secret que je vais te confier? Oh! ne te formalise pas de cette question ; elle m'est dictée par ma position et le devoir.
— Je le jure! Montbars, parlez!
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— Mon cher enfant, tu sais déjà quelle immense puissance possèdent les boucaniers dans les mers des Antilles ; mais ce que lu ignores, c'est le nombre des véritables boucaniers qui composent notre association : il ne dépasse pas cent cinquante personnes. Ne m'interromps donc pas, te dis-je!... Oui, Louis, ce sont cent cinquante hommes, unis entre eux par des liens indestructibles, qui tiennent en échec les forces si considérables de l'Espagne, et qui, demain, si l'envie leur en prenait, s'affranchiraient de l'autorilé du roi de France, de Louis XIV luimême ! Au moyen de noire association, qui nous a permis de réaliser de prodigieuses richesses, nous dirigeons à notre gré, et avec une facilité et une certitude d'autant plus grandes, que notre pouvoir inconnu n'effarouche pas l'esprit d'indépendance de ceux que je puis appeler mes sujets, nous disposons, dis-je, de tous les flibustiers de l'Océan. Je suis, moi, le chef souverain, absolu, de ces cent cinquante associés! Quand les hasards néfastes de la guerre moissonnent un ou plusieurs d'entre nous, nous choisissons, parmi les aventuriers dont les capacités nous offrent le plus de garanties, des successeurs à ceux qui sont morts. Toutefois, avant que le néophyte favorisé prenne place dans nos
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rangs, il doit passer par trois années d'épreuves!... et quelles épreuves'.,, elles sont terribles !... Non-seulement nous exigeons de lui un courage physique extrême, si je puis m'exprimer ainsi, mais nous lui demandons cneore une force d'âme et de caractère réellement surhumaine. Excitant ses passions avec adresse, nous semons sa roule d'écueils et de pièges !... Le jeu, les femmes, le vin, rien ne lui est épargné! Succombe-t-il à la tentation, c'est-à-dire néglige-t-il, entraîné par le désir, l'accomplissement immédiat de l'ordre le plus minime et le moins important, que lui a donné un chef, alors nous le repoussons impitoyablement et à tout jamais de nous...
— Et vous ne craignez pas, Montbars, l'indiscrétion de cet homme devenu maître de votre secret?
— ■ Les morts ne parlent pas, Louis ! La tombe est muette !
— Quoi! s'éci'ia de Morvan avec horreur; vous tuez ce malheureux, vous devenez des assassins !
— Enfant, répondit lentement le boucanier, avant de Remporter ainsi, attends au moins de connaître la vie... Tu as encore le sang bien chaud et les cheveux bien noirs pour juger et
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condamner des hommes qui, comme toi, ont été jeunes et généreux. L'expérience est une conseillère souvent sévère, mais toujours infaillible. Tu oublies aussi quel monde est le nôtre!... Vivant en dehors de la société, il nous faut, pour assurer notre existence, recourir à des moyens qu'elle peut et qu'elle doit repousser. Notre force est dans la force et non dans la moralité!... Mais là n'est pas la question : je poursuis! Parmi les avantages qui me sont accordés en ma qualité de chef suprême, je possède un droit qui te concerne, celui de faire entrer dans nos rangs, en l'exemptant de toute épreuve, l'homme qu'en mon âme et conscience, je juge digne de cet honneur!... Veux-tu faire partie de notre association? Demain tu connaîtras nos ressources, nos plans, nos projets du moment ; tu seras initié à nos mystères. Seulement, Louis, écoute bien ceci : j'exige, si tu désires profiter de l'immense faveur que je t'offre, que tu deviennes ma chose, ma propriété ! Ma volonté brise tous les obstacles ! Ce que je veux doit se faire!... Si dans une heure je te dis : « Louis, voici une femme que je t'ordonne de chasser loin de toi; » il faudra, cette femme fût-elle le seul rêve de ta vie, que tu m'obéisses sans hésiter!... Tu vois
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que je te parle avec une franchise l)i'ntale. Je t'aime trop pour songer à le tromper. Réfléchis avant de l'engager, avant de me répondre. Une fois ton acceptation ou ton reins formulé, il ne serait plus temps de revenir sur ta parole.
— Je vous remercie sincèrement, Monthars, de la confiance que vous venez de me montrer, répondit le jeune homme d'une voix grave, je n'ai nullement besoin de me recueillir; ma détermination est déjà prise; elle est irrévocable. Le plus saint amour que Dieu ait mis dans le cœur de l'homme après l'afi'ection qu'il doit à son père, c'est l'amour de la liberté !
« Mon père est mort; la liberté seule me reste : je refuse le pacte que vous me proposez!... A votre tour, Montbars, continua de Morvan en voyant le chef des boucaniers se disposer à parler, à votre tour, je vous en prie, écoutez-moi sans m'interrompre!... Ma franchise égaiera la vôtre!... Je crois à votre amitié et je vous paye de retour; je ne vous cacherai cependant pas qu'il y a en vous certains côtés qui me repoussent et arrêtent ma tendresse au milieu de son élan! Frère de mon père, vous avez renié votre nom et exigé que je vous appelasse Montbars. Je vous ai obéi; mais à partir de ce moment, ronde a disparu à mes yeux et je n'ai plus vu 3. 7
que l'ami, le compagnon d'armes du comte de Morvan.
« Aujourd'hui je ne veux qu'une chose : me créer un avenir par mon courage et en conservant mon indépendance ! Vos conseils, je les recevrai toujours avec reconnaissance ; votre appui, je le refuse! Le jour où vous viendrez me dire : <t Morvan, là se cache l'assassin de ton père, voici de quelle façon tu dois te venger, » ce jour-là seulement vous me trouverez entièrement soumis à vos ordres, je deviendrai votre esclave. En dehors de cette circonstance solennelle, j'entends conserver une entière liherté d'action ! )>
Ce langage franc et hardi du jeune homme, loin de déplaire au boucanier, parut lui causer au contraire un sensible plaisir.
— Bon sang ne peut mentir, dit-il en regardant de Morvan avec des yeux attendris ; il me semble, mon cher Louis, que je viens d'entendre parler mon pauvre frère. Eh bien! soit; agis à ta guise... Au fait, lu as peut-être raison de refuser mon aide. La fortune, au point de vue d'un homme de cœur, n'a quelque chose de noble et de grand, qu'autant qu'elle est acquise par le travail ou par le courage. Comte de Morvan, ton père ne t'a laissé pour tout héritage
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que riionneur de son nom; eh bien, sois fils de tes oeuvres ! Cest là le seul moyen d'honorer sa mémoire.
Le lendemain du soir où avait eu lieu celte conversation, de Montbars, le chevalier et Alain se trouvaient de nouveau en mer sur le même navire qui les avait amenés de France. Ils faisaient route vers Léogane. Cétait dans cette ville, la plus llorissantc alors de l'ile, (jue se tenait le gouverneur français.
— Mon cher Louis, dit le boucanier eu passant amicalement son bras autour de celui de son neveu, je crois utile, avant que nous nous séparions et que tu t'envoles de tes propres ailes, lie le donner les renseignements qui te manquent encore sur la nouvelle existence qui va commencer pour toi.
<i Puisque c'est chose bien décidée que tu refuses d'entrer dans notre association, il faut au moins que tu connaisses les flibustiers parmi lesquels tu vas prendre place.
«t Comme hommes, ceux dont tu seras bientôt le compagnon ont une haute idée de leur indépendance. Hors du service, chacun deux ne suit que ses caprices, sans s'embarrasser de l'approbation d'autrui.
« Ils portent même cette espèce de licence à
l)or<l de leurs navires, dans les expéditions. Cliaeiiii ne s'occupe (jue de soi, sans songer à son voisin. Un (libustier a-t-il envie de chanter tandis que son coinpai;;non est plongé dans un profond sommeil, peu lui importe; le dormeur est réveillé : tout est dit, il n'a pas le droit de se plaindre.
u Toutes les contrariétés dont l'effet est de fortifier la patience, d'exercer la force, d'habituer aux })rivalions, doivent être supportées sans murmures. Cette résignation est une i)artie essentielle de leurs principes.
« Les flibustiers sont liés entre eux par une fidélité inébranlable : celui qui la viole, — ce qui est un cas fort rare, — en privant ses camarades d'une i)orlion de leurs profits, doit s'attendre au châtiment le plus sévère. Il est déclaré déchu de son nom et de sa propriété comme flibustier, et déposé sans vivres et sans vêtements dans une île déserte. Pour prévenir toute jalousie et tout sujet de discorde, aucune femme ne doit être tolérée à bord des bâtiments. L'infraction à cette règle est punie, ainsi que la désertion d'un poste pendant le combat, de la peine de mort.
« Le chef momentané qui commande le navire n'a pas en cette occasion le droit de grâce.
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T.c (•()iipnl>lo serait le meilleur inalelol et le plus ledoutable combaltanl de tout léquipage que lu sentence s'exécuterait : sur ce point, on est ijupitoyable.
" Une fois à bord, les règlements l'a ils par les flibustiers eux-mêmes les empêchent de se battre entre eux. S'élèvc-t-il une querelle, elle est ajournée jusqu'à ce que Ton soit revenu à terre; alors le duel a lieu à l'arme à feu et à l'arme blanche. (]es rencontres se terminent généralement par la mort d'un des deux champions.
« Chaque flibustier est obligé de tenir son fusil, ses pistolets et son sabre dans le meilleur état. C'est pour eux un objet d'émulation véritable.
« D'après leurs règlements, le feu et la lumière doivent être éteints à huit heures du soir, à bord des navires en course ; au même moment les buveurs sont tenus également de ^idcr sur le pont leurs bouteilles; il est aussi défendu de jouer, en croisière, de l'argent aux dés ou aux cartes. Je dois ajouter cependant que ces deux derniers règlements sont extrêmement mal exécutés.
«i Quand un flibustier, possesseur d'une barque ou d'un navire, entreprend une expédition,
les hommes qui viennent servir sous lui s'engagent à lui obéir, sous peine d'être privés de leur part de butin à la fin de la course. On fixe ensuite un traitement à celui qui a fait les avances de l'expédition; ce traitement, payé sur les prises, est énorme. Des indemnités sont accordées, en outre, au chirurgien et au maître charpentier du bord.
«c Voilà, à peu près, mon cher Louis, les renseignements les plus intéressants à connaître pour toi : l'usage te mettra bien vite au courant des autres détails.
« Quant à te parler du courage, ou plutôt de l'intrépidité de ceux dont tu vas devenir le compagnon, cela est inutile : figure-toi tout ce que l'audace la plus extrordinaire est capable de produire et tu n'auras pas encore une idée complète de la témérité que déploient ces gens-là.
«t Aussi beaucoup d'Espagnols sont-ils convaincus sérieusement que les flibustiers appartiennent tant soit peu à l'enfer, et sont invulnérables.
«' Celte croyance aide considérablement à nos succès. '»
Quarante-huit heures après son départ de l'île de la Tortue, de Morvan arriva à Leogane. La surprise que lui causa l'aspect de cette ville fut grande : jamais il ne se serait attendu à rencontrer sur celte terre de la boucanerie tant de luxe, d'élégance et de richesses. De tous les côtés son regard apercevait des habitations délicieuses, des magasins splendidcs encombrés de ces mille futilités ruineuses qui tirent leurs prix élevés do la mode ; des jeunes gens vêtus avec un goût exquis, et montés sur de superbes chevaux derace espagnole ; des créoles charmantes, couvertes de dentelles et portées par de nom-
breux esclaves dans de magnifiques palanquins ; l)artout, en un mot, rabondancc, le luxe, les rafïincmenls d'une civilisation avancée.
— Quelle différence, dit-il en s'adrcssant à Montbars, entre Leogane et l'île delà Tortue! c'est à ne plus se croire dans le même pays !...
— Celte différence s'explique fort aisément, Louis. On vient dissiper h Leoganc l'argent que l'on a gagné en s'cmbarquant à la Tortue. Cette ville est le lieu de plaisance de la boucanerie : en outre le commerce qu'elle entretient avec l'Europe est des plus actifs et des plusconsidcrables. Mais nous voici arrivés devant la maison du gouverneur, ou, comme on dit ici, devant le Gouvernement : veux-tu m'attendrc? je serai de retour dans cinq minutes.
A peine Montbars s'était-il éloigné, que de Morvan fut distrait de ses réflexions par un bruit de musique qui approchait: presque aussitôt, il vit les femmes créoles apparaître à leurs fenêtres, les piétons s'arrêter ctles négresse mettre à danser en se frottant joyeusement les mains.
— Seriez-vous assez bon, monsieur, pour m'expliquer la cause de l'émolioii que celte musique, dans le lointain, semble produire sur tout le monde ? demanda-l-il à un jeune homme qui passait.