CHAPITRE V
irnd semblable à un ligrc en fureur... Louis, tu nie sais incapable de le tromper, tu as loi, n'estce pas? en ma parole...
-- Comme en celle de mon père s'il vivait, rt'[)ondit le jeune liomme.
— Eb bien, mon ami, je te jure sur mon nom de Morvan que Laurent mérite ta baine, (ju'outre la façon grossière dont il a agi envers toi, il t'a encore personnellement froisse... que tu as à te venger de lui.
— Je ne vous comprends pas, Montbars, interrompit le jeune bomme. Expliquez-vous plus clairement, je vous en conjure.
— Tu aimes toujours Nativa? demanda le boucanier après un léger silence et en paraissant hésiter.
— Si je l'aime! Plus que jamais!
— Alors, Louis, tu dois tuer Laurent, car il s'exprime sur le compte de la fille de Monterey avec un mépris souverain. Cent fois je l'ai vu déployer, en parlant d'elle, un cynisme et une bardiesse d'expression qu'un bomme bien élevé n'oserait se permettre à propos d'une courtisane! J'aurais voulu, Louis, continua Montbars, ne pas te faire cette confidence. Il me répugnait d'invoquer ton affection pour une femme appartenant à cette maudite race espagnole, que je
hais de toute la force de mon âme! Le salut de la vie a fait taire mou orgueil. Que le souvenir de Nativa, en exaltant ton courage, te fasse triomplier de Laurent, et je me sentirai encore capable de la bénir; car, vois-tu, Louis, je t'aime comme si j'étais ton père!
La parole du boucanier respirait une telle sincérité que de Morvan se sentit ému. Toutefois, son attendrissement ne fut pas de longue durée; l'aveu de Montbars avait soulevé tous les mauvais instincts du jeune homme!
— Ah ! Laurent ose insulter Nativa ! s'écriat-il les yeux élincelants et la voix stridente. C'est bien, Montbars! Dussé-je, en me jetant sur son fer, me tuer moi-même, Laurent mourra !...
Un peu avant d'arriver au mont du Pilon, nos aventuriers durent traverser le Bois-Roger, une des plus charmantes oasis de l'ile de Saint- Domingue.
Presque entièrement planté d'orangers sauvages, ce bois présentait une de ces végétations luxuriantes dont la partie la plus riche et la plus fertile de l'Europe ne saurait même donner une idée.
Rien de charmant comme cette solitude sillonnée par des sentiers recouverts d'un épais