CHAPITRE V
seulement on remarquait dnns son aecoutrcmcnl une propreté ineonnuc à ses eonlVères.
— Ah! c'est toi, Montbars! dil-il d'une voix lente cl avec un imperturbable sang-froid , voilà bien longtemps que nous ne nous sommes vus.
Les deux vieux amis échangèrent une poignée de main.
— As-tu pensé quelquefois à moi , Barbe- Grise? lui demanda iMontbars.
— Tous les jours : je suis très-heureux de te savoir de retour ! répondit le boucanier avec le même flegme.
— Voici un jeune homme , reprit Montbars en désignant son neveu, qui a besoin de toi, Barbe-Grise. C'est le fils de mon frère, et je l'aime comme mon enfant. II faut que tu m'aides à lui apprendre à se servir d'un mousquel de boucanier. Il se bat demain avec Laurent.
— Alors il sera tué! répondit tranquillement l'hôte de l'habitation du Bois-Roger; n'importe, je n'en mets pas moins mon expérience à son service. Mais vous devez avoir besoin de vous rafraîchir, descendez de cheval et entrez dans ma case, vous y trouverez quelques bouteilles de vin de Bordeaux.
L'intérieur de rhabitalion du boucanier était en parfaite harmonie avec son apparence extérieure; il présentait un ordre et une propreté admirables.
— Ah! mon Dieu, s'écria Alain d'une voix émue,c'cst-il possible ! Quel bonheur?
Le bas Breton, sans entrer dans aucune autre explication, jeta vivement son chapeau à terre, puis, s'agenouillant sur le sol, il fît le signe de la croix et se mit en prière devant une image de sainte Anne d'Auray suspendue à la muraille.
Cette action parut causer un certain plaisir à Barbe-Grise. Sur ses traits restés calmes lorsqu'il avait reconnu son vieil ami Montbars, passa un fugitif sourire de contentement.
— Tu connais donc sainte Anne d'Auray ? dcmanda-t-il à Alain une fois qu'il eut terminé sa prière.
— Si je la connais ! s'écria le Penmarckais avec indignation; voilà, jour de Dieu! une question bien bête !... Ai-je donc l'air d'un Turc ou d'un païen? Si je la connais, ma bonne sainte Anne d'Auray , c'est-à-dire que nous sommes extrêmement liés, qu'elle m'accorde tout ce que je veux... Tenez, M. le chevalier, continua le bas Breton , à présent, je ne crains plus rien