‹ Les boucaniers (volume 5)Chapitre 38 sur 105 · CHAPITRE vr · texte numérisé non relu

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superbe et l'air assuré, semblait se rire d'eux et les provoquer.

Los Espai^nols iudccis le tenaient enferme ilitns un cei'c'lc de lances, mais ils n'avaneaient pas.

— Sainte Vierge! c'est le beau Laurent! s'écria Jeanne avec joie, ils vont le tuer! Chevalier Louis, tu n'as plus rien à craindre : dans cinq minutes ton ennemi ne sera plus !

11 fallait que la fdle de Barbe-Grise s'intéressât bien vivement au sort de de Morvan, pour parler ainsi, elle qui, un instant auparavant, se dévouait avec un courage qui n'appartient pas à son sexe au salut d'un inconnu.

— Jeanne, lui dit le chevalier, si j'abandonnais cet homme, je resterais déshonoré à tout jamais à mes propres yeux! Je ne me dissiinulc pas que ma tentative paraît insensée ! Que Dieu me protège ! Le devoir avant tout !

Le jeune homme épaula son fusil et fit feu : un lancier tomba mortellement atteint.

Sortant aussitôt du bois, de Morvan se mit à courir hardiment vers les Espagnols qui, déjà surpris et ébranlés par la chute de leur camarade, commencèrent à perdre leur ordre de bataille.

De Morvan comprit alors la résistance du beau Laurent. Le flibustier avait versé dans son lari^e eli.ipcau les dix à (juinze livres de poudre que contenait sa calebasse, ainsi que sa provision de balles. Portant ce chapeau devant lui, sous le bras gauche, de sa main droite il tenait un pistolet prêt, si ses ennemis osaient l'approcher, à mettre le feu à celte mine d'une nouvelle espèce.

Il était incontestable que si la cinquantaine se jetait sans hésiter sur lui, Laurent succombait; mais il n'était pas moins évident non l)lus que plusieurs Espagnols payaient de la vie leur hardiesse. Or, nul n'était tenté de se dévouer au triomphe de tous. Ce sentiment d'égoïsme, très-concevable et très-naturel, faisait la force du beau Laurent.

A peine les lanciers eurent-ils aperçu le chevalier, qu'une dizaine d'entre eux abandonnèrent le blocus du flibustier pour courir à sa rencontre.

Le moment était solennel , la position critique : le jeune homme sentit instinctivement que s'il s'arrêtait pour recharger son arme, il se perdait. Il continua donc d'avancer.

Déjà les lances espagnoles menaçaient sa poitrine, quand un coup de feu, parti du bois,

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