CHAPITRE Vir
que le leeleiii'^ii \ u à Leogane, si inipcrtiuciil, si emporté, si superbe; son air grave et sérieux prouvait le cas extrême qu'il faisait de son adversaire.
Au reste, i-ieu dans la contenance du flibustier n'annonçait, non pas la crainte, mais même la moindre cmolion : il eût été évident pour un observateur , qu'il apportait la plus complète indifférence dans celte lutte : un médecin qui eût compté les battements de son cœur n'aurait pu trouver une pulsation de plus par minute.
Quant à de Morvan , quoique son attitude répondît dignement à celle du beau Laurent, il n'était pas intérieurement aussi tranquille : il se sentait rattaché à la vie par d'enivrantes espérances. Sa jeunesse, si longtemps eom primée, se révélait à lui, en ce moment décisif et solennel, avec toute la richesse de son avenir. Il voyait, revêtu pour ainsi tlire d'une forme matérielle, le bonheur qu'il laissait derrière lui ; il ne songeait nullement au coup mortel qui , selon toute probabilité , allait l'atteindre : il pensait seulement qu'il ne reverrait plus Nativa.
Bizarre phénomène de l'esprit humain! L'image de Fleur-des-Bois qu'il connaissait à peine, se mêlait au même degré à celle de la séduisante fille du comte de Monterey.
158 LES BOIIOANIFIIS.
— Monsieur, lui répondit Laurent, il est incontestable pour moi que je vais vous tuer : ne voyez, je vous en conjure, dans ces paroles, ni une fanfaronnade née d'un amour-propre exagéré, ni une ruse inventée pour troubler votre sang-froid et peser sur votre courage 1 Je vous dis cela afin d'avoir le droit d'ajouter que j'éjirouve pour vous une estime singulière, que vous êtes depuis dix ans le seul homme réellement honnête et loyal que j'aie rencontré.
— Monsieur, lui répondit de Morvan en souriant, votre franchise provoque la mienne : tout à l'heure , j'étais à moitié convaincu que cette rencontre devait m'être fatale ; à présent, je suis intimement persuadé que vous seul en serez la victime. D'où me vient ce revirement d'esprit? je l'ignore : je constate un fait, pas autre chose! Permettez-moi donc , tout en vous remerciant, de refuser votre oraison funèbre par trop anticipée , et de croire à mon étoile! Il me serait possible d'éviter ce combat sans blesser en rien l'honneur, que là, foi de gentilhomme, je ne voudrais pas! Hier, certain de vous retrouver, et désirant observer la neutralité que nous nous étions promise, j'ai évité d'entamer avec vous un sujet de conversation qui, à chaque instant,