‹ Les boucaniers (volume 5)Chapitre 65 sur 105 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

— Ce (iiie je veux doit tôt ou tard s'accomplir, luuriiuua-t-il en se dirigeant vers le pont : Jeanne sera ma maîtresse!

Quant à la pauvre Fleur-des-Bois, à j)eine Laurent eut-il refermé la porte derrière lui, qu'elle tourna la clef dans la serrure et se jeta tout en pleurs dans son hamac.

— Oh ! mon Dieu , quai-je appris I disaitelle en essayant de comprimer les sanglots qui soulevaient sa poitrine. Je devine à présent, l'amour!... Non... non, jamais je ne parviendrai à supporter la pensée que mon chevalier Louis ne voit en moi qu'une sœur! ...

Après avoirlongtempspleuré, Jeanne se leva, se revêtit de son costume de houcanière, et examinant sa carabine :

— Ma bonne sainte Anne d'Auray, dit-elle avec ferveur, faites qu'une balle me frappe cette ]iuit!... Que je désire donc mourir!... Oui, mais non pas sans avoir vu auparavant cette belle Espagnole qui a captivé le cœur de mon chevalier Louis...

Jeanne essuya alors ses larmes et monta sur le pont.

Au moment où elle arriva, on mettait les canots à la mer : de Morvan s'embarquait, Jeanne le suivit.

246 LliS BOUCANIERS.

L'expédition des flibustiers, abritée par Tombre que projetaient les grands arbres qui bordaient les rives du Lagon, atteignit, sans courir le moindre risque dètre découverte, la ville de Grenade.

Les aventuriers, armés chacun d'un de ces redoutables fusils de boucaniers si terribles entre des mains exercées, de deux paires de pistolets et d'un large et épais coutelas, se divisèrent en trois troupes, ainsi que cela était convenu; les embîircations furent conduites au faubourg de Santa-Engracia, point de ralliement désigné en cas d'une défaite.

— Amis, leur dit Laurent, dans deux heures d'ici vous remporterez, remplis d'or, les vastes sacs dont vous vous êtes munis! Le point important, c'est que vous ne laissiez aucun ennemi donner l'alarme. Bâillonnez et attachez les prisonniers obéissants ; massacrez impitoyablement ceux qui tenteraient de résister. Surtout ne vous servez de vos armes à feu qu'à la dernière extrémité, qu'autant qu'il y ait bataille réglée. Vos coutelas vous suffiront pour la besogne du moment. Je vais aller vous faciliter l'entrée de la ville : restez en attendant cachés dans ces bosquets. Avant un quart d'heure, je serai de retour. Si, par un hasard tout à fait improba-

Page 1