CHAPITRE PREMIER
peine pour me procurer la soninie sur laquelle lu comptes.
— Mais je n'ai fixé aucune somme, M. le baron.
— C'est vrai : seulement, comme notre évasion te ferait perdre ta jïlace, il est naturel que tu te montres exigeant. Or, je te le répète, je ne suis pas assez riche pour pouvoir accueillir et satisfaire tes justes prétentions. Je dois donc renoncer, quelque vif que soit mon désir de recouvrer ma liberté, à tes offres.
— IMon Dieu, M. le baron, répondit le geôlier d'un air contrarié, rien ne prouve que votre évasion me ferait destituer ! Tous les jours des prisonniers se sauvent!... Enfin, de quelle somme pourriez-vous disposer?...
— J'ai honte de t'avouer cela, mon ami, mais mille livres présenteraient déjà pour moi un énorme sacrifice!...
— Mille livres! C'est un bien joli denier! s'écria le geôlier d'un air ravi !
— Tu trouves ! Ainsi, tu consentirais, pour quarante louis , à nous faciliter des moyens d'évasion.
— Certes, M. le baron, savez-vous bien que mille livres, c"est ce que le roi me paye en quatre ans. Oui, mille fois oui, j'accepte! Et tenez
pour commencer voici une lime (|uo j'ai apportée avec moi, — car j'étais persuade que nous finirions par nous entendre : — mettez-vous à l'ouvrage dès aujourd'hui sans plus tarder.
Le baron examina la lime; elle lui parut excellente et du meilleur acier.
— A présent je vous quitte, messieurs, continua le geôlier, car si mon absence se prolongeait, elle pourrait être remarquée. Demain, nous reprendrons cette conversation, et nous conviendrons des autres détails. Dès que la nuit sera venue, commencez à scier les barreaux ; seulement , travaillez avec précaution : il y a justement une sentinelle placée au-dessous de la fenêtre de votre cachot.
— Que pensez-vous de tout ceci, Louis? demanda le boucanier à de Morvan, une fois qu'ils furent seuls.
— Je pense, mon cher Legoff, que vous ne vous trompez jamais ! 11 est à présent pour moi de toute évidence que ce geôlier joue la comédie avec nous ; quelle conduite devons-nous tenir?
— Coupons d'abord les barreaux de notre cage, dit Legoff. N'y gagnerions-nous que d'avoir un peu plus d'air et de soleil, notre temps ne serait pas perdu.