CHAPITRE XI
qu'il Taisait, arma un de ses pistolets et s'élança vers Laurent.
Le flibustier resta immobile. Ses yeux, fixés sur le jeune boinme, ne s'abaissèrent pas; cependant le canon de l'arme touchait déjà sa poitrine.
— Chevalier de 3Iorvan, lui dit-il froidement, je te renvoie avec raison les paroles que tu m'as adressées un jour; à mon tour, je te dis: «c Lâche et assassin, sois maudit ! »
L'incroyable tranquillité du flibustier lui sauva la vie. De Morvan, rappelé à lui, jeta par terre son arme avec horreur; il craignait sa colère !..
— Cette fois, Laurent, s'écria-t-il, il faudra que l'un de nous deux succombe!
— 3Ie battre avec toi , mon matelot? Jamais!...
— Tu veux donc que je t'assassine?...
— M'assassiner, enfant, tu es trop noble pour cela!... Tiens, matelot, je ne puis l'exprimer la joie que me cause ta conduite. Combien je suis heureux du mauvais mouvement auquel tu t'es laissé aller! A peine quinze jours se sont-ils écoulés depuis que tu me jurais, sur la mémoire vénérée de ton père, une amitié et un dévouement éternels , à toute épreuve, et voilà qu'à
propos de rien, d'une femme, tu attentes à ma vie!... Je te le répète, cette explosion de fureur m'enchante ; elle explique et justifie à mes yeux mon plus déplorable souvenir de jeunesse. Toi, si honnête, si loyal, tenter un assassinat! Ah! cela me prouve que l'amour constitue réellement un cas de folie furieuse, que ceux qui, atteints de cette maladie, versent le sang, doivent être, non pas maudits , mais soignés et guéris.
Laurent parlait encore quand la porte s'ouvrit de nouveau et que Fleur des Bois entra : la scène se compliquait.