MELINE, CANS ET COMPAGNIE
LITOVRNK. I LEIPZIG.
U ÈME MAISON. | J. P. MELINE.
Jeanne, avant de franchir le seuil de la porte, s'arrêta un instant immobile et indécise; mais bientôt prenant son parti, l'œil brillant et toute rougissante, elle s'avança , ou plutôt elle bondit vers Nativa.
■ — Voilà donc l'Espagnole que tu aimes, mon chevalier Louis ! dit-elle à de Morvan, qui, décontenancé, ne sut que répondre. Mon Dieu, qu'elle est belle ! continua Fleur dcs-Bois en regardant sa rivale avec une ardente curiosité 5 jamais encore je n'avais songé que la vue d'une
LES BOUCAm£KS. 4. i
femme pût vous éblouir ainsi le regard... Comment se nomme ta maîtresse, chevalier?
— Elle se nomme Nativa ! répondit Laurent. Son père, le comte de Monterey, est un des puissants et des heureux de la terre : il possède des dignités sans nombre, une fortune incalculable : son gendre sera envié de tout le monde ! . . . Eh bien, Jeanne, je te jure que je refuserais sans hésiter la fille et les trésors du comte pour un seul de tes sourires ! Tu t'extasies devant la beauté de Nativa, enfant! Tes yeux ne se sont donc jamais reposés sur la surface d'un miroir!... Tu ne sais donc pas que la nature a épuisé en ta faveur toutes les ressources dont elle dispose,... que cette beauté de Nativa, qui féblouit, pâlit et disparait devant la tienne!
— Dis-tu vrai , Laurent ! s'écria Jeanne avec une joie naïve et une surprise véritable ! Ne te moques-tu pas de moi ! Alors pourquoi mon chevalier Louis aime-t-il cette femme comme une maîtresse et moi comme une sœur?...
Nativa, lors de l'apparition de Fleur-des-Bois, était tellement troublée, qu'elle n'avait pas remarqué la jeune fdie. Les paroles de la boucanière réveillèrent sa fierté et lui rendirent, sinon le calme, au moins la présence d'esprit.
— Chevalier, dit-elle à de Morvan , votre