‹ Les boucaniers (volume 5)Chapitre 75 sur 105 · CHAPITRE PHEMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PHEMIER

présence à Grenade, en compeignic de Laurent, m'apprend assez quel nouveau genre de vie vous avez embrassé. Mon père, par bonheur, est en ce moment absent de la ville, mais il a laissé ici son or. Que je ne vous retienne pas. J'ai hàle de me retrouver seule ; un de mes esclaves va vous servir de guide pour visiter riiabitalion; emparez-vous des richesses qu'elle contient. Que ma présence ne vous empêche pas d'accomplir votre métier.

— Ah! senorita, s'écria de Morvan que ces paroles pleines de mépris touchèrent jusqu'aux larmes, à quoi bon cet outrage immérité! Vous savez bien que si je suis venu à Grenade, ce n'est pas Tespoir d'un vil butin qui m'y a conduit ! Mon seul but, en m'associant à la téméraire expédition des boucaniers, a été de vous revoir, de vous supplier en faveur de mon amour î

— Quoi! chevalier, reprit Nativa d'un ton ironique, vous osez avouer de pareilles choses ici, devant Laurent I... Vous oubliez donc que celadron m'a repoussée avec dédain !... que moi, la fille du comte de Monterey, j'ai lâchement forfait à l'honneur de mon nom ! que je suis indigne de l'amour d'un honnête gentilhomme!... qu'entre vous et moi la honte a creusé un abîme!...

4 LKS BOUCANIERS.

— Senorita Sandoval, dit Laurent, je ne puis m'empêcher d'admirer la perversité de votre esprit. Votre feinte humilité est d'une rare adresse; elle a pour but d'exciter les passions du chevalier et de le conduire à m'assassiner. Ce manège est fort adroit !

— Ah ! vraiment , senor ladron , répondit Nativa avec une hauteur tout espagnole, vous attachez trop d'importance à votre personne! Croire que je désire votre mort!... Allons donc!... Pour moi vous n'existez plus... Oui, je l'avoue, aveuglée jadis par ma générosité et mal conseillée par mon inexpérience, je me suis attachée à vous comme à une bonne action !... J'ai rêvé de vous retirer de la fange oii vous étiez tombé... Que voulez-vous! je n'ai pas été élevée dans votre monde ! Je ne connaissais ni la bassesse, ni l'infamie des gens de votre espèce. Ma jeunesse s'était écoulée au milieu de nobles caballeros. Je croyais que la bravoure allait toujours de pair avec l'honneur!... Si j'ai commis une faute dans ma vie, continua Nativa avec tristesse, c'est le chevalier de Morvan qui seul a le droit de mêla reprocher!

— Moi, mademoiselle? s'écria le jeune homme.

— Oui, vous, chevalier! Je vous ai laissé croire à un amour qui n'était pas encore dans

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