CHAPITRE PnEMlEU
roi, avons renoncé à toute lentntive de fuite.
— C'est impossible! s'écria le geôlier avec un raouvenicnt de colère et de dépit qu'il ne put dissimuler, c'est impossible! Vous savez bien, mes gentilsbommcs, que l'innocence d'un prisonnier n'a jamais abrégé d'un jour sa captivité ! I! y a des gens parfaitement innocenis, mieux que cela même, des gens qui n'ont jamais pu parvenir à deviner le motif de leur arrestation et qui sont restés dix ans ici !... Ne me parlez donc plus de la justice du roi!... C'est une mauvaise excuse!... Je suis certain que c'est une autre idée qui vous a fait changer de résolution!...
— Eh bien! oui, je l'avoue, mon ami, c'est une autre idée.
— Ah ! vous voyez bien ! Et quelle est cette idée, je vous prie?
— Elle est fort simple, et c'est à toi que nous la devons.
— A moi ! je ne vous comprends pas! Expliquez-vous, mon gentilhomme.
— Rien de plus focile ! Ne nous as-tu pas re commandé, à deux reprises différentes, avanthier et hier, de travailler sans bruit, afin de ne pas attirer l'attention de la sentinelle placée sous la fenêtre de notre cachot? Oui, n'est-ce pas? Or, l'existence de cette sentinelle à laquelle nous
LES BOUCAMERS. 3. 5
n'avions pas d'abord attaché une grande iniporlancc, nous est revenue ensuite à la mémoire, et nous a suggéré de sérieuses réflexions. Que diable! quelque douce que soit la liberté, la perspective de recevoir un coup de mousquet à bout portant diminue extrêmement son charme. Nous sommes donc résolus, le chevalier et moi, tant que cette sentinelle restera de faction sous notre fenêtre , à renoncer à toute tentative d'évasion.
— Si c'est là le seul motif qui vous retienne, rassurez-vous, mes gentilshommes! Je suis trop honnête et pas assez inintelligent pour vous exposer à un tel danger. Je m'arrangerai de façon, le jour que vous vous évaderez, à éloigner cette sentinelle.
— Voilà qui s'appelle parler, mon garçon ! Toutefois , comme il pourrait arriver que, malgré ta bonne volonté, le gouverneur Chaveignac laissât à son poste cette sentinelle, nous voudrions, le chevalier et moi — la prudence est, dit-on, la mère de la sûreté — avoir des armes. Si tu peux nous procurer deux paires depistolets, des munitions et deux poignards, alors c'est différent : nos hésitations cessent et nous nous évadons sans {)lus tarder.
— Je vous aurai cela ! répondit le geôlier