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CHAPITRE Iir. 8ô

Presque nu même iuslanf, uu coup de feu tiré (laus linlérieur d'une maison Aoisine retentit, suivi bientôt des cris de : « A moi, mon clievalier Louis ! au secours ! )>

— îMalédiction! on assassine ma sœur! hurla de Morvan !

Le jeune homme, s'clançant alors avec une fureur surhumaine de son fauteuil, se jeta en ih'sespcré contre hi porte de la maison d'où l)artaient les cris de Jeanne. L'élan pris par de Morvan était si violent, que la porte céda.

— Jeanne, me voici, dit-il, ne crains rien.

— Malheur aux assassins ! ajouta le beau Laurent, qui avait suivi son matelot.

— Oh ! j'étais bien sûre que Dieu ne m'abandonnerait pas ! dit Jeanne, qui, le teint pâle, la poitrine soulevée par l'émotion, apparut tenant à la main sa carabine encore toute fumante.

— Jeanne ! ma sœur! où sont les misérables qui ont voulu attenter à tes jours? dit de Morvan d'une voix frémissante de rage.

— J'ai eu le malheur d'en tuer un! répondit Jeanne. Partons , mon chevalier, j'ai hâte de m'éloigner d'ici. Viens, je t'en conjure !

— Non, Jeanne ; je veux punir les coupables ! Dût leur châtiment me coûter la vie, il faut que justice soit faite!

— A quoi bon, mon clievalier Louis, l'occuper de ces gens-là? reprit vivement Jeanne : après tout, ils étaient dans leur droit... ne suisje pas une Française, une boucanière?... Viens, mon chevah'er, fuyons.

Le jeune homme, sans tenir compte des pri«;res de Jeanne, ])assa outre : au fond du corridor il trouva gisnnt par terre un esclave nègre, mortellement atteint d'une balle dans la poitrine.

— Ah ! misérable, murmura le chevalier, qui d'un coup de coutelas lui fendit le crâne, pas de pitié, tous doivent être punis !...

DeMorvan, apercevant un escalier devant lui, allait monter au premier étage de la maison, lorsque la voix du beau Laurent l'appela.

— Viens donc, matelot, lui criait-il; je tiens le vrai coupable !

Cette fois il fallut que de Morvan employât presque la violence pour rejoindre son matelot, tant Fleur-des-Bois mit d'obstination à lui barrer le passage.

Quelle fut la stupéfaction du jeune homme lorsque , en pénétrant dans la pièce où Jeanne avait été prisonnière, il aperçut Nativa. Laurent debout, les bras croisés, contemplait l'Espagnole avec une expression d'ironie dont rien ne saurait donner une idée.

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— Naliva, vous ici!... |);ir quel liasard?... balbutia de Morvan éclairé par uue fatale lumière, torture par un cloute luuriblc.

— Ce n'est pas le basard qui réunit le bourreau et la viclime, répondit froidement Laurent.

Quoique c«'s paroles vinssent confirmer les soupçons de de Morvan, le malbeureux essaya de douter encore.

— Non, c'est im{)ossil>Ie!... Je suis fou... j'ai le vertige... murnuira-t-il, tout en passant à plusieurs reprises sa juain convulsivement agitée sur son front. Voyons, parlez, Nativa... Que vous est- il arrivé?... De grâce, expliquezvous!...

La fille du comte de Monterey non-seulement ne répondit pas, mais elle ne parut pas même avoir entendu le jeune homme.

Les yeux fixés sur Laurent, elle était absorbée dans une méditation tellement prol'oude, qu'elle n'avait pas la conscience de ce qui se passait autour d'elle : elle n'appartenait plus à la vie que par une seule pensée.

— Nativa, s'écria de Morvan, qui, en proie à une émotion poignante, bors de lui, saisit violemment le bras de la jeune fille et le secoua avec force, répondez-moi donc, je le veux! Apprenez-moi comment il se fait que je vous

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retrouve ici en compagnie de Fleur-dcs-Bois!

— Fleur-des-Bois ! répéta lentement Nativa d'un air égaré, c'est une fille de rien... J'ai ordonné à mes esclaves de la tuer... parce que Laurent l'aime... et que moi... moi... j'aime le beau Laurent.

A cette réponse de Nativa, de Morvan poussa un cri terrible, puis, cbancelant comme un homme ivre, il tomba lourdement par terre !

— Mon chevalier Louis, ne crois pas l'Espagnole... elle ment... C'est toi seul qu'elle aime!... s'écria Fleur-des-Bois qui , se précipitant au secours du jeune homme, s'agenouilla près de lui et souleva sa tête sur ses genoux.

L'évanouissement de de Morvan dura près d'une minute : lorsqu'il reprit connaissance, la première personne que renconlra son regard l'ut Fleur-des-Bois' L'ébranlement moral éprouvé par linfortuné jeune homme avait été si violent qu'il resta pendant quelques instants incapable de lier deux idées suivies.

Les larmes de Jeanne lui prouvaient qu'un affreux malheur achevait de l'atteindre ; quel était ce malheur ? il l'ignorait.

Ce fut seulement en apercevant Nativa assise dans l'endroit le plus obscur de l'appartement que la conscience du passé lui revint.

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Faisant alors un suprême effort pour vaincre sa faiblesse et sa douleur, il se releva avec jieinc, et, repoussant doucement Fleur-des-Bois qui essayait de le retenir, il se dirigea vers l'Espagnole.

— Nativa, lui dit-il d'une voix qui ressemblait à un sanglot, ne craignez de moi ni reproches ni prières ! Dieu m'est témoin que si vous n'aviez pas attenté aux jours de Jeanne, je n'éprouverais pour vous ni haine ni colère ! Votre conduite envers moi a été cruelle, c'est vrai ; mais vous étiez dominée par une ardente passion, et l'amour méconnu, je le sais, hélas! rend les meilleurs cœurs durs et impitoyables! Je suis dans tout ceci le seul coupable; j'ai eu tort de confondre mes espérances avec la réalité, de croire à votre attachement, lorsque rien ne m'en assurait. Il me seuible en ce moment qu'un bandeau tombe de devant mes yeux : j'apex'çois le passé, non plus à travers le prisme de mes désirs, mais avec la froide raison d'un vieillard r vous ne m'avez jamais aimé!

« Nativa, continua de Morvan après une légère pause employée à raffermir sa voix, avant de me séparer de vous à tout jamais, encore un dernier mot... Je me suis engagé, vous vivante, à ne jamais donner mon nom à aucune femme;

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un gentilhomiiu" n'ii <iiriiiic ])aiolc ; votre trahison ne peut me dégager de mes serments : je tiendrai ma promesse !... Adieu, Naliva!... Vous niavez trouvé plein d'enthousiasme , de jeunesse, de croyance et d'avenir ! vous me laissez morne, désolé, vieilli , le cœur usé, incapahle d'éprouver un généreux sentiment , n'aspirant plus qu'au repos de la tombe!... Adieu! Ce n'est point un reproche que je vous adresse. Je ne vous parle ainsi qu'afin que , si par hasard, en songeant combien je vous aime, la pensée vous venait un jour de m'appeler près de vous, vous ne cédiez pas à ce caprice ; vous ne reconnaîtriez plus le sauvage et enthousiaste jeune homme de la grève de Penmark, vous verriez apparaître un vieillard. Pour la dernière fois, adieu !

La parole du chevalier dénotait une si profonde douleur, la résignation qu'il montrait était d'une grandeur si poignante et si vraie, (jue Nativa se sentit réellement attendrie.

— Chevalier, lui répondit-elle, votre générosité est la plus terrible vengeance qu'il vous était donné de tirer de mes torts ! Je n'essayerai pas de me justifier à vos yeux. Toutefois, vous qui m'avez si sincèrement aimée, vous devez comprendre jusqu'à quel point un amour cruel-

loment méconnu, un dcvouetncnt réel dédaigneusement repoussé , changent le caractère d'une femme. Aujourd'hui, le cœur ulcéré, éperdue de douleur, écrasée sous une humiliation imméritée, je ne croyais plus, lorsque la fatalité vous a })lacé sur ma route, à la sincérité d'aucun sentiment ! Tous les hommes étaient devenus à mes yeux des êtres vils, égoïstes, méchants. Cette disposition de mon esprit vous explique ma conduite. Je vous estime à un tel point, que je tiens encore, quelque détachée que je sois des choses humaines, à votre pitié. J'ai tant souffert, qu'il vous est permis, croyezmoi, sans tomber dans une indigne faiblesse, de me plaindre et de m'absoudre. Adieu, chevalier... Du fond du couvent où je vais attendre que Dieu, dans sa bonté sans bornes, daigne m'admettre à la vie éternelle, je mêlerai chaque jour votre nom à mes prières... Adieu!

L'humilité sincère de Nativa, l'expression si vraie de ses regrets et de sa douleur, causèrent une indicible émotion à l'infortuné jeune homme. Comprenant toutefois le danger qu'il y aurait pour lui à})oursuivre cette conversation, il se contenta de s'incliner respectueusement devant l'Espagnole et il garda le silence.

— Mon chevalier Louis, lui dit Fleur-des-

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