‹ Les boucaniers (volume 5)Chapitre 91 sur 105 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Bois qui vint s'yppii}or t>ur sou cpaulc avec une rhiirmante et gracieuse ruiuiliarilc, du cuunii^e! .. . Tu as été bon et généreux pour celle i)auvrc fcninie. Dieu te récompensera ! Jadis, quand tu in"ai)[)elais ta sœur, cela me faisait , je ue sais trop pourquoi, soulfrir; aujourd'hui, je sens que ce nom me sera doux à entendre... Rappelle-loi quelles délicieuses journées nous avons passées à l'ombre des forêts enbauraées, combien les heures s'écoulaient rapides ])Our nous!... Comme l'arrivée de la nuit nous surprenait toujours ! Ses ombres nous enveloppaient déjà que nos yeux cherchaient encore le soleil au milieu de l'espace... Eh bien! cette vie nous la reprendrons ! Nous ne nous quitterons plus! Quand tu te sentiras trop malheureux , je mêlerai mes larmes aux tiennes! Cela doit être si bon, je le devine, d'avoir une personne qui pleure avec vous!... Mon chevalier Louis, partons !

Fleur-des-Bois prodiguant ses naïves consolations à de Morvan était si belle, si touchante, que Nativa ne put se défendre d'un sentiment d'admiration.

— Jeanne, lui dit-elle d'une voix brisée, jamais une aussi adorable créature que toi n'a existé sur la terre!... Ta grâce l'emporte sur ma

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fierté, je inliumilic devant ton innocence!... Jeanne, pardonne-jnoi !...

A ces paroles prononcées par l'orgueilleuse Espagnole avec âme, Fleur-des-JBois se troubla :

— Native, ré|)ondit-eIle, tu es déjà bien malheureuse et je ne voudrais pas te faire souffrir davantage... mais à quoi bon essayer de te troraper?... Je ne suis pas habituée au mensonge... tu verrais de suite que mes lèvres sont en désaccord avec mon cœur...

Je comprends très-bien que tu aies ordonné à tes esclaves de me tuer ; que tu m'aies adressé de vilaines paroles... Tu avais perdu la raison ! Aussi, de toutes ces choses je ne conserve contre toi aucune rancune ! Ce que je ne puis te pardonner, Nativa, et pourtant je t'assure que je ne suis pas du tout méchante, c'est la peine que tu as causée à mon chevalier Louis ! Vois comme il est changé! comme il paraît accablé, malheureux ! Après tout, ce n'est pas ta faute! Habituée à l'hypocrisie des villes, tu ne pouvais guère agir autrement ! Quand mon chevalier Louis me fit apercevoir la première fois de mon ignorance, cette découverte me rendit bien honteuse ! Aujourd'hui, la science me fait peur! Oui, plus je réfléchis, et moins je te trouve coupable ! Je ne t'en veux plus, Nativa, je te plains !

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La n'ptuise de Flour-dcs-Rois afToota visiblcniciil la lillc du cttintc de Montcrcy, qui resta pendant un instant grave et recueillie : tout à coup, paraissant prendre un parti, Nativa releva fièrement la tête, et s'adressant au beau Laurent qui, sombre et silencieux depuis qu'il avait vu Fleur-dcs-Bois prodiguer ses consolations à de Morvan, était resté plongé dans une méditation profonde :

— Laurent, lui dit-elle d'une voix nette et assurée. Dieu m'avait donné le dévouement et la générosité ; la perversité a étouffé ces sentiments dans mon cœur et les a remplacés par légoïsme et la baine! Ma perte est ton ouvrage. Laurent, je te maudis !

L'énergie pleine de conviction que Nativa mit dans ce cri parti du fond de son âme fit tressaillir le flibustier. Toutefois, surmontant bientôt cette émotion passagère :

— Je vous remercie, senorita, lui dit-il en ricanant, de ce charmant adieu. Il termine au mieux nos tendres amours. Et puis, je dois vous l'avouer, moi si incrédule, si peu impressionnable, j'ai toujours éprouvé un certain doute à l'endroit des malédictions. Je ne sais s'il faut ou non ajouter foi à leur efficacité. Depuis longt enips je desirais, afin de me former une opi-

nion à ce sujet, d'êlrc maudit moi-même. Grâce à vous, mon souhait se trouve accompli. 11 ne me reste plus qu'à laisser faire l'avenir. Trop aimante et fongueuse Nativa, je suis votre trèshumble et très-reconnaissant serviteur !

Le beau Laurent se dirigea alors vers la porte, et, le visage radieux, l'air superbe, il appela ses porteurs.

— Reprenons notre promenade triomphale, dit-il à de Morvan. Les Grenadins, avides de nous contempler, attendent impatiemment notre présence.

— Merci, Laurent, lui répondit sèchement le chevalier en offrant son bras à Fleur-des-Bois, mon esprit n'est pas à la plaisanterie. Je te suivrai à pied!

— Soit, répondit le flibustier avec ironie, il est juste que tu me laisses la gloire, puisque tu gardes l'amour...

Laurent reprit sa place sous le dais, et les fanfares recommencèrent aussitôt avec fureur.

— Hélas! murmura le flibustier en jetant à la dérobée un regard envieux sur de Morvan et Fleur-des-Bois, me voilà isolé dans ma puissance... Par l'enfer! je crois que j'ai eu tort de sortir de ma voie ! 3Ia nature actuelle se prête peu à la tendresse ; le régime de la sensibilité

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lui est antipatliiqiie et ne lui vaut rien... A quoi bon vouloir ressusciter un cœur mort? C'est tenter l'impossible... Décidément, j'ai eu tort de prendre de Morvan pour matelot... de me laisser aller aux séductions de Fleur-des-Bois!... L'orgueil satisfait, le pouvoir, la richesse, l'orgie et la bataille, voilà les seuls éléments qui conviennent à mon tempérament ; eux seuls peuvent me donner l'oubli du passé!... Pourtant, Fleur-des-Bois est si sublime de droiture et d'innocence! si admirable de beauté!...

« Bah! chimères que tout cela! Je me suis trompé à son égard... je l'ai crue chaste, vraie et pure, parce qu'elle était engourdie, qu'elle sommeillait dans son ignorance. A présent qu'elle aime, tous ses mauvais instincts vont se réveiller. Avant un mois d'ici, elle sera une femme comme toutes les femmes. Elle est si jolie!... Eh bien! j'en ferai ma maîtresse. Cela m'offrira une distraction d'une semaine... c'est toujours autant de gagné... Quant à de Morvan, à quoi bon m'en préoccuper?... Une fois que nous aurons cessé d'être matelots, je ne verrai plus en lui qu'un obstacle, et les obstacles je les brise sans pitié...

Le beau Laurent, lorsqu'il atteignit la place de la Cathédrale, où il avait laissé ses flibus-

tiers, trouva toute prête à être embarquée la rançon de cinq cent mille piastres imposée à la ville de Grenade. Les Espagnols, désireux de se débarrasser au plus vite delà présence de leurs terribles hôtes, avaient même poussé la complaisance jusqu'à leur amener des mules pour les aider à emporter leur butin.

Grâce à ce moyen facile de transport, une heure ne s'était pas écoulée que déjà les flibustiei's foulaient de nouveau le pont de leur frégate et mettaient à la voile.

Le surlendemain le navire , sorti heureusement delà rivière, reprenait la mer...

Les flibustiers, ivres de joie en songeant à l'heureuse issue de leur entreprise, aux richesses immenses qu'ils possédaient, aux débauches qui les attendaient à terre, demandèrent à Laurent, selon la promesse qu'il leur avait faite, de mettre le cap sur la Jamaïque.

Laurent, esclave de sa parole, s'empressa de céder à leur désir.

Au reste, un grand changement s'était opéré dans le hardi capitaine depuis son départ de Grenade. Tenant sans cesse table, il invitait les plus anciens des boucaniers et des flibustiers de son é<[nipage à partager ses plaisirs.

Les vins les plus fins et les plus recherchés

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