‹ Les boucaniers (volume 5)Chapitre 92 sur 105 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

coulaient l\ (lots. I,es violons ne cessaient de joiioi", Laiiirnt embarquait toujours des musiciens à son boni, et les dés de rouler.

Celait à qui (enterait les chances du hasard pour donblei' sa j)art de prise.

De Morvan , continuellement avec Fleurdes Rois et Alain , en tant que le service de la manœuvre ne réclamait pas sa présence, ne comprenait rien à la conduite de son matelot. Quoiqu'il blâmât intérieurement le beau Laurent de se laisser ainsi aller à des goûts aussi vulgaires, il ne pouvait s'empêcher, toutefois, d'admirer la façon dont il tenait sa place au milieu de ses convives.

Eu effet, Laurent, assis sur un fauteuil élevé, tandis que ses flibustiers ne se servaient que d'escabeaux, ne permettait jamais à personne de rester devant lui la tête couverte. Le verre à la main, il savait conserver sa dignité de capitaine et ne pas coniproractlre son autorité; un froncement de ses sourcils suffisait pour rendre à la raison l'homme tombé dans l'ivresse.

Le troisième jour depuis que la frégate avait quitté Grenade, de Morvan, enveloppé dans son manteau et couché sur le pont, venait de s'endormir à l'approche du jour, lorsque, au cri de : 4. 10

Navires ! poussé par une vigie, il se réveilla en sursaut. Il aperçut liaurent à ses côtés.

— Quels sont les navires signalés, matelot? lui demanda-t-il.

— Ces navires sont au nombre de deux, répondit le flibustier, en accompagnant ses paroles d'un singulier sourire. Je les connais.

— Tu me dis cela d'une drôle de façon.

— Dame, je ne suis pas insensible à la joie. Une bonne nouvelle me fait plaisir.

— Ces navires sont donc des bâtiments de commerce? une nouvelle proie?

— Du tout; ce sont, au contraire, des vaisseaux de guerre... Mais à quoi bon exciter davantage ta curiosité, irriter ton impatience ? Tu désires acquérir de la gloire, n'est-ce pas, matelot? Tu rêves de belles actions, de grandes batailles ?...

— Non, répondit de Morvan d'une voix sourde, je ne désire plus que l'oubli et le repos...

— C'est-à-dire le néant, la mort? Eh bien, chevalier, ton souhait pourrait bien être exaucé. Ces voiles que tu aperçois à l'horizon conduisent vers nous les deux plus forts vaisseaux que possèdent nos ennemis dans les mers des Indes : l'un est monté par l'amiral, l'autre par le vice-

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