‹ Les boucaniers (volume 5)Chapitre 95 sur 105 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

accoster au vcnl en d('|tciulant. répondit de Morvan.

— Est-il loin ?

— Non, matelot, on aperçoit son bois ([uand il se lève sur la lame.

Laurent resta pendant quelques secondes rclléchi, puis, d'une voix qui retentit jusque sur l'arrière de la fn'gatc :

— Tout le monde sur l'avant! s'éeria-t-il. Les flibustiers obéirent à cet ordre avec un

empressement qui montrait jusqu'à quel point leur intérêt était excité, et combien ils désiraient connaître l'opinion de leur cliel' sur la position des choses.

Laurent parcourut d'un regard rapide et circulaire les rangs de ses compagnons; un sourire passa sur ses lèvres : la contenance de son équipage lui apprenait qu'il pouvait compter sur lui, et que ses flibustiers avaient fait à l'avance le saci'ifice de leur vie.

— Frères de la Côte, reprit-il, vous êtes trop expérimentés pour ne pas connaître le péril que nous courons, et trop braves pour le craindre. 11 faut ici tout ménager et tout hasarder, se défendre et attaquer en même temps : la valeur, la ruse, la témérité, le désespoir même, tout doit être mis en usage en cette occasion. Si

lOÎ LES BOIJCANIEKS.

nous loinbons entre les rnains de nos cuiieniis, nous ne devons nous allendrc à rien moins cju'à foutes sortes d'infamies , aux plus cruels tourments, enfin à une mort ignominieuse! Tâchons donc d'échapper à leur barbarie, et, pour leur échapper, combattons !...

— Oui, combattons! s'écrièrent les flibustiers avec enthousiasme.

Laurent fit un signe de tête : le silence se rétablit.

— Amis, reprit-il, votre ardeur ne me surprend pas, je vous connais ! Toutefois, je vous dois une explication. Si , pendant plusieurs heures, nous avons pris chasse et fui devant l'ennemi, c'est que je voulais, ayant remarqué la disproportion notable de marche qui existait entre les deux galions , les séparer l'un de l'autre, et passer au vent du vaisseau amiral, qui est le plus au vent : j'ai réussi ! A présent que nous tenons l'amiral par le vent , nous sommes à l'abri des coups du vice-amiral, qui se trouve sous le vent ! C'est donc un seul ennemi que nous avons ;i combattre!... Je regarde notre victoire comme assurée!... Cependant, si, par un hasard que je ne prévois pas, la fortune se déclarait contre nous, je désire, je veux, que notre défaite soit glorieuse, notre mort

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